L'abri des 4 Cheminées

 

L'abri des 4 Cheminées est l'un des 3 abris de troupe qui existent dans le secteur de Verdun. Il se trouve dans la pente sud du ravin des Vignes, dans le secteur de Froideterre, à environ 1 km au sud-est de l'ouvrage de Froideterre.
Creusé à 12 m de profondeur, il se présente sous la forme d'une longue galerie voûtée de 60 m de long faite en briques. Deux entrées prolongées par un long escalier permettent l'accès. L'aération est assurée par 4 cheminées, ce qui à donné son nom à l'abri.
De chaque côté des 2 entrées, à l'extérieur de la fortification, 4 petites casemates de pierre permettent d'entreposer du matériel.

A l'origine , l'ouvrage est prévu pour loger des troupes de réserve et constituer une étape pour les relèves montantes qui empruntent le ravin des Vignes et gagnent le plateau de Thiaumont ou la crête de Fleury. Cependant, avec la bataille de Verdun, il est rapidement réquisitionné pour servir de poste de secours et d'état-major. Il sert notamment de poste de transition dans le rapatriement des blessés durant la nuit, vers le village de Bras ; cette tâche étant accomplie par les ambulanciers volontaires Américains et Irlandais.

 

Plans de l'abri :

 

 

Historique de l'abri :

Dès le début de l'offensive allemande, le 21 février, l'abri est régulièrement bombardé avec violence.

En juin, l'abri des 4 Cheminées est commandé par le colonel de Susbielle. Les conditions de vie dans la galerie sont épouvantables. Le bombardement incessant n'offre aucun répit aux occupants. Plus de 400 hommes, morts, blessés en attente d'évacuation, agents de liaison, coureurs épuisés, état-major, vivent dans un tumulte permanent. Les parois et le sol tremblant violemment à chaque instant, la poussière en suspension rend l'atmosphère pénible et la visibilité difficile.

A partir du 20 juin, avec le rapprochement des lignes Allemandes, le pilonnage devient intense. Les 305 et 380 mm tombent avec rage.

Le 22 juin, le pilonnage s'atténue mais les gaz sont employés massivement. Les hommes vivent en permanence avec leur masque à gaz. Un grand nombre d'entre eux meurent faute de masques efficaces.
Le soir, le feu d'artillerie reprend avec force. Durant toute la nuit, plus de 100 000 obus continuent à s'abattre sur le secteur.

Le 23 juin, dès l'aube, l'ennemi lance une attaque de grande envergure avec lance-flammes et fumigènes, s'étalant de la cote de Froideterre à celle de Vaux-Chapitre. Il a devant lui des régiments français à bout de force. L'ouvrage de Froideterre est atteint à 9 h 30 (à environ 1 km au nord-ouest de l'abri des 4 Cheminées).

En début d'après-midi, 4 compagnies du 114e B.C.P. alors en réserve au bois des Vignes, reçoivent l'ordre de se porter en toute urgence à l'abri des 4 Cheminées. En chemin, de nombreux soldats tombent foudroyés par les obus toxiques mais la marche se poursuit.
A leur arrivé, les Allemands sont parvenue jusqu'à l'abri, une mitrailleuse a été installée face aux 2 sorties et des grenades à main ont été jetées dans les cheminées, semant la panique dans la galerie.
Aussitôt, les chasseurs contre-attaquent à la baïonnette et réussissent, avec l'aide d'éléments du 297e R.I., à dégager l'abri, puis l'ouvrage de Froideterre en faisant reculer l'ennemi vers le village de Fleury.

Dans les mois qui suivent, l'abri des 4 Cheminées continue à être bombardé avec violence. Ce n'est qu'avec l'offensive du 24 octobre, puis celle du 15 décembre qu'il est définitivement mis hors de danger.

 

Témoignages sur l'abri :

Témoignage du Lieutenant Lapouge :

" Nous avons vécu là sept jour sans sommeil… jour et nuit, sans répit, c'était un roulement infernal… le terre-plein de l'abri, cent fois troué, retourné, arraché, changeait d'aspect à chaque heure… Les blessés graves étendus dans l'abri furent tous intoxiqué, beaucoup, faute d'un masque efficace, succombent dans de terribles agonies, les visages marbrés, tordus de convulsions exaspérées tandis que leur doigts crispés labouraient leur poitrine "

Témoignage de X :

" Au ravin des Vignes, nous sommes pris au piége dans un cercle de feu, les obus de gros calibres tombent tout autour de nous. A chaque explosion, nous courbons involontairement la tête. Les abords de l'abri des 4 Cheminées changent d'aspect à chaque heure. A l'intérieur, les parois et le sol sont soumis à des ébranlements violents. Parfois, toutes les lumières s'éteignent à cause du déplacement d'air des explosions.

Le 22 juin, les Allemands tirent avec des obus toxiques, c'est une alerte au gaz. Un chasseur roule devant mes pieds en pleurant et en toussant violemment. Durant 6 heures, nous attendons silencieux, opprimés sous nos masques à gaz, nous demandant craintifs ci ceux-ci pourront nous protéger assez longtemps. Des feux sont entretenus devant les entrées afin de limiter l'infiltration du gaz.
Dans l'abri, de nombreux blessés graves meurent empoisonnés par les gaz. Ces malheureux qui dans la panique avaient mal placé leur masque expirent dans une agonie inexprimables. Rien n'est plus bouleversant que de voir leurs visages crispés.

Le 23 juin au matin, des avions apparaissent dans le ciel gris au dessus de notre première ligne. Bientôt un terrible feu roulant reprend. Des hommes totalement désorientés arrivent bientôt à l'intérieur de l'abri : " Vous êtes là !"…"

 

L'abri de nos jours :



Les cheminées




L'entrée de gauche


L'entrée de gauche


Une des 4 casemates

 


L'entrée de gauche


L'entrée de gauche


L'escalier de droite

L'escalier de droite


La galerie