1er juillet - Nouvelle attaque français sur Thiaumont (rive droite)
Rive droite
Le 1er juillet, à 10 h 30 du matin, débute la bataille de la Somme. 26 divisions franco-britanniques, soit 100.000 hommes, passent à l'attaque sur un front de 40 km, Anglais au nord, Français au sud. Elles espèrent enfoncer les lignes allemandes, mais elles se heurtent à des troupes informées depuis longtemps de l'offensive.
A la fin de la journée, les pertes subies par l'armée britannique s'élèvent à 57.470 hommes, dont 19.240 tués. Et pour une progression insignifiante.

A sud, les Français ont avancé nettement plus vite, mais dans l'ensemble, cette journée est un sanglant échec.

Le nouveau chantier tant voulu par Joffre est ainsi ouvert… une nouvelle bataille d'usure commence.
A partir de ce moment, l'armée allemande doit diviser ses forces et ses moyens. Désormais, la majorités de ses trains, qui transportaient les hommes, les vivres, les tonnes de minutions et de matériel, se dirigent vers un autre secteur que celui de Verdun.

 

A Verdun, comme nous l'avons vu, l'armée allemande a lancé, le 23 juin, son offensive de " la dernière chance " !
Les fantassins allemands ne sont plus, désormais, qu'à 4 km de la ville et poursuivent leurs assauts effrénés en direction de Souville.
Ils vont poursuivre leurs efforts jusqu'au 12 juillet, causant du côté français, comme du leur, des pertes démesurées. Dans la soirée du 12, après 2 jours de terribles combats, le Kronprinz recevra l'ordre, puisque les objectifs fixés n'ont pas pu être atteints, " de se tenir désormais sur une stricte défensive " … L'Allemagne aura dés lors perdue la bataille de Verdun et commencera la lente reconquête française…

 

 

A 10 h, les 4e et 5e bataillons du 248e R.I. qui ont attaqué la veille sur Thiaumont, renouvellent leur tentative.
A 11 h, les retranchements Y et Z respectivement à 300 et 400 m du P.C. 119 sont reconquis. Par cette action, le commandement local croit l'ouvrage de Thiaumont de nouveau en possession des Français et diffuse la nouvelle à 11 h 30. C'est bien évidemment une erreur ! En fait, de faibles terrains sont réoccupés et les objectifs fixés sont loin d'être atteints.
Les combats restent anarchiques jusqu'a la nuit.

Rive gauche
Du 1er au 15 juillet, la lutte sur la rive gauche se borne à des actions locales.
La violence de ces combats reste très forte et les morts sont très nombreux de part et d'autre. Les bombardements ne cessent pas et sont toujours aussi intenses et violents. Les souffrances sont les mêmes que pour les combattants du front droit. Les postes de secours de campagne et les services d'ambulance sont débordés.

Témoignage de l'aide-major Emile POITEAU : " Les pansements maculés qu'on jetait à terre et dont on n'avait pas le temps de se débarrasser, avaient fini par s'accumuler sur le sol et faisaient aux pieds comme un épais tapis dans lequel on s'enfonçait jusqu'aux chevilles…
Parmi les grands blessés, parmi ceux qui allaient mourir, les uns demandaient leur mère, comme des enfants qui ont besoin d'être dorlotés, rassurés… D'autres réclamaient à boire éperdument… D'autres, impatients de vivre et se sentant abandonnés par la vie, se lamentaient de rage et de désespoir.

On amène un artilleur affreusement mutilé. Ses plaies sont horribles ; il est exsangue, son visage est blanc comme du marbre. Il a les jambes broyées. Elles ne tiennent plus que par miracle par quelques lambeaux de chairs et de muscles. Il saigne adorablement.
Pendant qu'on lui fait une piqûre de morphine, le médecin examine le dégât…
Les os broyés soutiennent mal les chairs, arrachées. Rigides et dressées de tous côtés, les esquilles tiennent des lambeaux de chair qui pendent lamentablement et sur lesquels sont collés des morceaux d'étoffes, des débris de caleçon et de pantalon…
C'est un broiement, un déchiquetage… Et comme on s'apprête à faire un pansement, comme on remue un peu - oh ! légèrement, avec d'infinies précautions - d'une des jambes meurtries, un caillot se détache et (comme si on avait retiré subitement la bonde d'un tonneau d'arrosage), un énorme jet de sang pisse sur le major…
Le pauvre bougre pousse un Ah ! plaintif et rend le dernier soupir, là, tout d'un coup, sans qu'on ai eu le temps de s'y attendre, de s'en apercevoir presque.

Nouveau brouhaha vers l'entrée.
C'est un blessé, la poitrine percée de balles comme un écumoire, et qui vomit le sang à flots. Pansements, piqûres de morfines et d'éther. On l'emporte.
Alors, avec des yeux effrayant, en passant devant le major :
- Est-ce que j'en reviendrai ? Pensez-vous ?
- Mais bien sûr, mon petit, que tu en reviendras ! On ne meurt par pour avoir crachés du sang !…
C'est assurément un mensonge en ce cas. Mais c'est un aumône aussi…
En entendant ça, le petit blessé fait : Ah ! et son œil lance un éclair de joie : Alors, je les reverrai ?
Et vite, il explique :
- C'est que, voyer-vous, j'ai deux petits enfants… Deux et quatre ans… Et ma femme est morte… Il faut que je vive pour eux !…
Touché jusqu'aux larmes, estimant qu'il devait mentir carrément, le médecin affirme :
- Mais bien sûr, bien sûr, que tu les reverras ! je n'ai jamais vu mourir pour un cas pareil… Ainsi, tu vois que tu peux être tranquille !…
Alors le moribond tend au major sa pauvre main déjà pâle comme la main d'un cadavre. Et, comme on l'emporte vers les autos, le médecin reste là, ému, suivant des yeux le brancard qui s'éloigne.

Un blessé dit :
- C'est triste, hein ! M'sieu l'major ?

Et celui-ci répond en branlant la tête :
- Ah ! c'est que j'en ai deux comme lui, moi aussi…"


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2 juillet
Rive droite
Dans le secteur de Thiaumont, la lutte commencée le 30 juin se poursuit sans améliorations marquantes.

Dans la nuit, la 127e brigade est relevée. En 6 jours de combat, le 261e R.I. a perdu devant Thiaumont 28 officiers et 1200 hommes. Sur ses 3 chefs de bataillon, 2 sont tués et le dernier est grièvement blessé. Les survivants sont à bout de force.

Rive gauche
R.A.S.

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3 juillet
Rive droite
Le 1er bataillon du 172e R.I., qui occupe la batterie de Damloup, est surpris par l'ennemi qui débouche en grand nombre. Il est contraint à abandonner l'ouvrage. Avant la fin du jour, il se ressaisit, part à la contre-attaque et reprend la batterie.

Rive gauche
R.A.S.

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4 juillet
Rive droite

Les Allemands lancent une attaque sur la partie sud-ouest du bois de Nawé et progressent en direction du bois des Trois-Cornes.
Ils tentent également de renforcer leurs lignes sur Thiaumont.
Voyant déboucher l'ennemi de l'ouvrage de Thiaumont, le 202e R.I. part à la charge le long de la route de Thiaumont et parvient à le faire reculer et le maintenir devant l'ouvrage.
A la tombée du jour, le 202e R.I. ne compte plus qu'une centaine d'hommes valides. Les alentours de l'ouvrage de Thiaumont sont un véritable charnier.


L'ouvrage de Thiaumont

Dans la nuit, la 8e D.I. (115e, 117e, 130e et 317e R.I.) est mise à la disposition du général Mangin.

Rive gauche
R.A.S.

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5 juillet
Rive droite et gauche

R.A.S.

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6 juillet
Rive droite

Toute la nuit, les obus allemands s'acharnent sur Verdun, une tourelle de la cathedrale est touchée.

A 22 h 30, une nouvelle attaque allemande sur la batterie de Damloup est repoussée par le 221e R.I. Un violent barrage d'artillerie s'abat ensuite sur la position pendant toute la nuit.

Toute la journée, des préparatifs ont eu lieu pour permettre à la 120e brigade (202e et 225e R;I;) de rentrer dans la bataille le lendemain. Une ligne téléphonique double est notamment rétablie entre le lieu-dit "Les Carrières", sur la pente ouest de Froideterre, et le poste de commandement de la brigade.

Rive gauche
R.A.S.

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7 juillet
Rive droite

A 3 h 45, la 120e brigade commence sa progression vers les premières lignes. A l'ouest et au sud de l'ouvrage de Thiaumont, les objectifs sont facilement atteints. Face au P.C. 119, la progression est plus lente mais les hommes parviennent a reprendre l'ouvrage.


Le P.C. 119

A 5 h 50, le bombardement allemand s'intensifie. Des troupes françaises, sans ordres, stopent leur progression et s'éparpillent dans les trous d'obus.

Dans tous les combats, les "chefs" n'ont pas toujours été exemplaires. Ils y en a qui, au moment de l'assaut, ont électrisé leurs hommes et les ont exhorté afin qu'ils réalisent des exploits. Au contraire, ils y en a qui ont faillit à leur devoir et ont profité de leur statu pour rester en arrière. Voici quelques témoignages parlant du sujet…
Témoignage du général Patey commandant la 60e D.I.: " 7 juillet - Vers 7 h 30, c'est un chef de bataillon, le commandant X… qui, à côté du colonel d'Ollone, ne peut dire où est son bataillon et déclare attendre qu'on viennent le renseigner. Sur l'injonction du colonel d'aller voir lui-même, il répond : " Vous me donnez l'ordre d'aller me faire tuer ", ce qui attire cette réplique : " Non, je vous demande d'aller là où son vos hommes. ". Il s'éloigne enfin et revint peu de temps après sans être mieux documenté. Des paroles indisciplinées qu'il prononce obligent le colonel d'Ollone à le rappeler au sentiment du devoir et à lui enlever son commandement.
Le lieutenant-colonel M…, présent, intervient pour ramener ce chef de bataillon à une appréciation plus exacte de ses devoirs.
Dans l'après-midi, le commandant X…, qui est resté à Z…, vient à résipiscence. Il s'excuse, les larmes aux yeux. Le colonel pardonne ce moment de faiblesse et, sans doute, promet l'oubli, car il ne m'a été fait aucun compte rendu.
Aussi, lorsque j'ai connaissance de ces faits, par suite de la confiance en moi de mes officiers, j'estime que je ne peux que respecter une décision prise sur place, par le chef responsable, dans des circonstances aussi dramatiques. "

Témoignage du commandant P. : " Jamais, chez nous, une troupe ne s'est trouvée désemparée parce que ses chefs hiérarchiques étaient tombés, toujours surgissait un chef nouveau désigné par sa volonté et son intelligence, et celui-là tombé, un autre encore.
Plus d'une fois même, il est arrivé qu'à un chef indigne s'est substitué de lui-même un subordonné qualifié.
C'est un caporal qui, son aspirant aplati au fond d'une tranchée et grelottant de peur, crache dessus, et crie à ses camarades : "Les gars, à mes ordres ! "
C'est un lieutenant que je connais bien, qui, son capitaine terré au fond d'un abri pendant que ses hommes se battent, fait ce qu'il doit, puis, pendant une accalmie, mandé par le capitaine pour recevoir des instructions et des conseils, coupe la parole du froussard : "Mon capitaine, je vous laisse la citation que la compagnie est en train de vous gagner, mais laissez-moi les responsabilités que je suis seul en état de prendre. "
Ce n'est pas là de l'indiscipline, mais, au contraire, de la discipline pure, c'est-à-dire l'absolue soumission des exécutants au résultat qu'il s'agit d'obtenir. "

Témoignage du général PASSAGA : " Comme il était léger le rôle du chef de jadis ! Dès que sonnait l'heure de l'attaque, ce chef se jetait dans l'action, dans cette action qui libère le cerveau et tue l'angoisse, comme elle tue la peur, parce qu'elle assure la circulation du sang. Aujourd'hui, avant l'attaque, me voici rivé, enchaîné à ce bout de tranchée, à ce centre moteur à demi brisé, à demi paralysé. L'inquiétude me dévore, l'angoisse me torture, et pourtant, si je veux conserver mon prestige à faire rayonner la confiance dans l'œuvre que j'ai préparée, aux yeux inquiets qui m'interrogent à la dérobée il me faut offrir un masque impassible. Mon geste doit rester sobre, ma voix ferme, ma pensée lucide !
Je ne connais pas d'épreuve plus dure, et aussi plus décisive pour la volonté du chef. "

A 9 h, la contre-attaque allemande sur le P.C. 119 est déclenché. Les troupes ennemies avancent et franchissent les lignes françaises en laissant derrière eux des groupes de soldats français qui ont semble-t-ils opposés aucune résistance.
Beaucoup d'officiers français tombent sous les balles de l'ennemi mais ils sont remplacés rapidement. Une contre-attaque française est enfin donnée qui permet de contenir les Allemands sur leurs positions. Finalement, au soir, les positions sont pratiquement identiques à celles du matin.

Toute la journée, l'artillerie française a répondu honorablement aux obus allemands.
Historique du 25e R.AC. :
" Le 7 juillet, le régiment est relevé. Il a tiré 180.000 coups de canon en 17 jours ; certaines batteries ont tiré 1300 coups par pièce et en 24 heures. 30 canons sur 36 ont été plus ou moins abîmés par le tir ou le feu de l'ennemi. "


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8 juillet - Préparation d'artillerie allemande en vue d'une attaque sur Souville, Fleury, Tavannes, Froideterre (rive droite)
Rive droite
Bombardement allemand incessant sur de nombreux secteurs, Souville, Fleury, Tavannes, Froideterre...

 

Les soldats dans les tranchées souffrent atrocement de soif.
Témoignage de Lucien MARTON, soldat au 370 R.I. : " Nous collions notre bouche au goulot de notre bidon ; le bidon était vide, mais la fraîcheur du métal nous donnait une seconde d'illusion. "
Témoignage de Eugène BATTEUX, soldat au 65e R.I. : " Nous ne pouvions plus résister à la soif. Nous ouvrions des boîtes de sardines pour en boire l'huile."

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9 juillet - Préparation d'artillerie allemande en vue d'une attaque sur Souville, Fleury, Tavannes, Froideterre (rive droite)
Rive droite
Même bombardement que la veille sur les mêmes points avec en plus de nombreux obus toxiques.

La 128e D.I. (100e, 167e, 168e et 169e R.I.) vient renforcer la 131e (7e, 14e, 41e et 241e R.I.) dans la secteur de Souville-Fleury.

Témoignage de Jean LOU DE LAS BORJAS, sergent au 7e R.I. : " Nous arrivons à la casemate B du fort de Souville. C'est un abri voûté fait en pierre solide et possédant au-dessus une couche de terre de 5 à 6 mètres d'épaisseur. Là, étaient des malheureux gravement blessés, agonisant même et qui, depuis plus de 6 jours, attendaient leur transport à l'ambulance. Ils n'avaient rien à manger et souffraient terriblement de leurs membres hachés. Ils mouraient tous les uns après les autres. C'était pitoyable de voir ces braves et d'entendre leurs supplications, et cependant, nous ne pouvions les secourir, si ce n'est en leur donnant à manger et surtout à boire. "

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10 juillet - Préparation d'artillerie allemande en vue d'une attaque sur Souville, Fleury, Tavannes, Froideterre (rive droite)
Rive droite
Dès l'aube, le secteur du fort de Souville est violemment bombardé par des obus de très gros calibres, 380 et 420. Il est occupé par la 10e compagnie du 7e R.I.
Ce bombardement se poursuit toute la journée en ne s'interrompant qu'à quelques reprises afin de permettre à des patrouilles allemandes de venir voir si les premières lignes françaises ont encore âmes qui vivent.

Témoignage du commandant, puis colonel ROMAN du 358e R.I. : " A l'entrée de mon abri, le sol est tellement bouleversé et broyé qu'il semble une dune de sable mouvementée. A mon arrivée, un cadavre de fantassin en capote bleue émerge à demi de ce mélange de terre, de pierres et de débris innommables. Mais quelques heures après, ce n'est plus le même, il a disparu et fait place à un tirailleur en kaki. Et successivement défilent d'autres cadavres et d'autres uniformes. L'obus qui enterre le précédent en fait apparaître un autre ; on s'habitue pourtant à cette vision ; on supporte l'odeur épouvantable de ce charnier dans lequel on vit, mais la joie de vivre, après la guerre, en sera éternellement empoisonnée. "


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11 juillet - Ultime effort allemande sur Souville, Fleury, Tavannes, Froideterre (rive droite)
Rive droite
Le secteur de Souville est tenu :

- à droite, du sud de Fleury au ravin des Fontaines, par les 7e et 14e R.I. ;

- à gauche, du sud de Fleury au ravin des Vignes, par les 167e et 168e R.I.

Le secteur de Tavannes, du ravin des Fontaines à la ferme de Discourt, est tenu par la 127e D.I. (19e, 25e, 26e et 29e B.C.P., 171e et 172e R.I.)

A minuit le bombardement allemand s'étend jusqu'à la station de Fleury. Un corps d'armée et trois divisions allemandes sont prêt à s'élancer sur Verdun dans une ruée désespérée. Ils savant qu'ils jouent là leur dernière carte, l'ouverture du chantier de la Somme impose cette dernière frénésie; sinon, renoncer...

A 4 h, ce bombardement devient un véritable feu roulant ou viennent s'adjoindre des obus au gaz et lacrymogènes. Un épais brouillard recouvre bientôt tout le champs de bataille et s'étend jusqu'à Verdun. La station de Fleury s'effondre, ensevelissant ses occupants.

Au même instant, l'ennemi déclenche un violent tir de mitrailleuses sur la cote de Froideterre tenue au nord par les 130e et 317e R.I. et au sud par les 247 et 248e R.I. Aucune charge n'est donnée par l'ennemi.
Cette manœuvre semble être une ruse car à 4 h 30, une première attaque importante avec lance-flammes est lancée dans le secteur de Tavannes. A 5 h, une seconde attaque avec l'effectif maximum s'élance sur l'axe Fleury-Souville.

Dans le secteur de Tavannes :
Au bois Fumin et à la Vaux-Régnier, tenu par 6 bataillons du 358e R.I., l'assaut parvient à être repoussé. Cependant, la batterie de Damloup qui est tenue par le 221e R.I. doit être évacuée et laissée à l'ennemi.
Par le repli du 221e, l'ennemi s'infiltre dans le Chênois et atteint le P.C. Montagne qui est tenu par le 217e R.I. Il enlève le P.C. en faisant de nombreux prisonniers.
Témoignage de Adrien BONFILS, sergent au 217e R.I. :
" Sur les 35 poilus que j'avais à la relève, tous ceux de droite sont morts, gisant sous les éboulis. A gauche, quatre survivants seulement occupent encore différents points de la position...
Tenir ou mourir, nous a-t-on donné comme consigne avant de nous envoyer en lignes. Tenir, nous tenons toujours. Mais sommes-nous encore vivants?..."

Quand le 217e sera relevé, après les combats du 11 juillet, il aura perdu 33 officiers et 1 300 hommes..
Témoignage de l'aide -major Louis BAROS du 217e R.I. : " Poste de secours du 217e R.I. - le poste, sous une pluie de fer et de feu, n'offre qu'une sécurité très relative ; on y est secoué comme dans une cabine de paquebot en perdition sur une mer démontée.
Les blessés, une fois pansés et soignés, ont encore un parcours de 200 mètres environ à franchir pour arriver au tunnel de Tavannes, sous les avalanches nombreuses et imprévues, continues ou espacées, des tonnes de fer et de feu qui se déversent dans un endroit repéré exactement où les projectiles de tous calibres, prenant en enfilade la tranchée du chemin de fer qui précède le tunnel, sont posés presque comme avec la main, tellement le tir est précis et le lieu exactement repéré.

Les chaussures et les guêtres sont gluantes de boue, en partie molle en partie desséchée, formant une croûte qui nous étreint pieds et jambes comme dans un étau ; les vêtements sont également boueux et recouverts d'une terre brun clair. Nos traits tirés dans nos figures non lavées, non rasées, donnent l'impression de masques rigides, figés en un aspect grimaçant et tragique ; les mains souillées sont brunâtres ; l'au manque ; les détritus de toutes sortes et les vivres pourris, gonflés par la putréfaction, sont accumulés dans tous les coins, grouillant d'asticots et survolés par des essaims noirs de mouches attirés par le charnier immonde. Et il faut procéder à des quantités de pansements de plaie graves, de fractures ouvertes, de chais saignantes et déchiquetées. On n'ose pas faire une trop grande consommation d'eau, celle-ci étant rare ; mes doigts, brunis, sont incrustés dans chaque sillon, dans chaque rainure, autour des ongles, de sangs coagulé et noir, par couches superposées ; je me répugne moi-même et, autour de nous, on n'entend que le bourdonnement incessant et agaçant de ces innombrables mouches qui s'acharnent sur nos visages et nos mains, et sur toutes les parties découvertes de nos corps, après s'être gorgées de débris décomposés et de cadavres putréfiés. "

Le front du 217e ainsi enfoncé, le flanc droit du 358e est laissé à découvert. Son 4e bataillon, commandé par le commandant Roman, qui se trouvait en liaison directe avec le 217e se trouve ainsi attaqué de flanc en même temps que de front.
Sa 21e compagnie, déjà très éprouvée par le tir d'artillerie, est encerclée puis totalement anéantie.
Sa 24e compagnie au centre, recule pour ne pas se laisser cerner. Elle se ressaisit et tente une contre-attaque qui lui permet de rétablir la liaison avec la 22e compagnie, à sa gauche.
La 22e compagnie repousse victorieusement tous les assauts.
Le 4e bataillon, à gauche du 6e bataillon, tient le bois Fumin. Un formidable assaut allemand, d'environ 400 hommes, s'élance devant lui. Au prix d'un combat acharné à la grenade puis au corps à corps, il parvient à rester maître du bois. Dans cette lutte, des éléments du 7e R.I. sont venus en aide au 358e.

 

Sur l'axe Fleury-Souville :
Vers Fleury, les 128e et 131e R.I. contiennent tout d'abord la vague allemande. Mais vers 7 h, une seconde charge les déstabilise et les oblige à reculer vers le sud. L'état-major de la 255e brigade est surpris et anéanti dans son P.C. de la Poudrière. A cet instant, il n'y a plus personne devant l'ennemi, il avance dans le boyau de Thiaumont et atteint la lisière du bois de Fleury.
Là, le général Dupont qui commande la 131e D.I. ordonne à son artillerie, déjà tellement occupée à défendre les positions tenues par ses régiments, de détourner leurs tirs et de réaliser une concentration maximum sur la brèche ou s'engouffre l'ennemi. Ce barrage infranchissable va donc momentanément mais suffisamment longtemps stopper la vague allemande.
Témoignage de Gaston LEFEBVRE, soldat au 73e R.I. : " Derrière le moindre talus ou le plus petit bosquet, des batteries de 75 ou de 155 court tirent sans arrêt, parfois jusqu'à l'éclatement des pièces, sans autre abri que leur canon, nos artilleurs subissent un feu d'enfer et sont devenus nos égaux dans le sacrifice suprême. "

A droite, devant le 167e R.I. qui occupe la tranchée Ladmirault, les Allemands ne parviennent pas à forcer la ligne.

Sur la croupe de Vaux-Chapitre, le 14e R.I. stoppe l'ennemi et le fait reculer.

Au nord-ouest de la Chapelle Sainte-Fine, face au 7e R.I., l'ennemi parvient à enfoncer la ligne en 2 endroits. Plusieurs actions locales sont menées pour rétablir la situation du front sur la longueur occupée par le régiment.

La 3e compagnie du 7e R.I. ne fait pas partie de ce dispositif. Montée en ligne dans la nuit, elle a subit de très lourdes pertes et n'a pu rejoindre la position qui lui était assignée. Réduite à 2 officiers, le lieutenant Dupuy et le sous-lieutenant d'Orgemont, et à une soixantaine d'hommes, elle n'a pu progresser que jusqu'aux abords du fort de Souville. Le lieutenant Dupuy décide alors d'abriter sa troupe dans le fort et le cas échéant, d'en assurer la défense.

Kléber Dupuy est né le 28 juin 1882 à La Teste de Buch (Gironde) d'une famille d'ostréiculteurs.
Il débute sa scolarité à l'école de la Mairie et gagne le prix cantonal au certificat d'étude en 1904. Il suit ensuite le Cours Complémentaire qui s'est créé la même année et réussi son brevet en 1908. Il entre ensuite à l'Ecole Normale d'Instituteurs de la Gironde qu'il obtient en 1912. Il trouve alors une place d'instituteur à Le Teich, un village non loin de La Teste de Buch. Il joue ailier droit dans l'équipe de rugby de l'Union Sportive Testerine ou il est champion de la Cête d' Argent en 1913.

Le 1er octobre 1913, il est appelé pour faire son service militaire et il intègre le 9e R.I.
Il devient caporal le 5 juillet 1914.
Dés le début de la guerre, il participe aux combats, notamment à la bataille de la Marne ou il est blessé le 7 septembre 1914, " violente commotion par explosion d'obus de gros calibre ".
Le 24 décembre 1914, il devient aspirant. Le 19 février 1915, il est muté au 7e R.I. et devient sous-lieutenant à titre temporaire le 30 avril 1915.

Le 3 juin 1916, le 7e R.I. est mis sous les ordres du général Mangin et rejoint Verdun. Devenu lieutenant, Kléber Dupuy commande la 3e compagnie.
(La suite de cette biographie en présente dans la partie Thémes - Les Grands Hommes de Verdun)


Le fort de Souville n'a d'ailleurs pas cessé de subir le bombardement allemand, et n'est plus qu'un amoncellement de pierre et de terre. Il n'a plus aucune défense, son réseau de fil de fer n'existe plus, le coffre double est détruit et rares sont les casemates et les pièces de la caserne encore accessibles.


Le fort de Souville

En pénétrant dans le fort, Dupuy retrouve une garnison très limitée composée de Territoriaux, dont le commandant est gravement blessé, et d'une poigné d'hommes de la 10e compagnie, sans officiers, intoxiqués par les gaz, et qui ont eux aussi trouvés refuge ici. Il prend aussitôt le commandement de tout l'effectif présent et signale sa position. Le coureur Henry Cabrol s'élance au poste de commandement du colonel Borius avec le message suivant : " Souville, le 11 juillet, 6 heures du matin - Le capitaine Soucarre, intoxiqué, m'a passé le commandement de la compagnie en me donnant l'ordre de me porter aux Carrières. Après avoir franchi de nombreux barrages et des nappes de gaz asphyxiants, nous avons péniblement atteint Souville. Ici, tout est bouleversé. Le commandant du fort est intoxiqué ; la garnison est hors de combat. Sauf ordre contraire, je reste au fort et j'en assure la défense."

Le fort de Souville

 

Quelques temps plus tard, le coureur Henry Cabrol regagne le fort en compagnie du capitaine Decap qu'il guide à travers le bombardement très violent.
Cette action lui vaudra une citation à l'ordre de la Brigade :
Ordre N° 31 du 27 juillet 1916 - CABROL Henri - soldat - 3e compagnie, " Agent de liaison pendant les attaques s'est offert pour des missions des plus périlleuses a assuré pendant deux jours, 11 et 12 juillet 1916 , la liaison sous les plus vifs bombardements. "

(Voir le partie "Des héros..." concernant Henry Cabrol)

 

 

 

 

 


Quelles mesures urgentes ordonne le lieutenant Dupuy ? " Le lieutenant Dupuy fit d'abord ouvrir et dégager les issues des gaines souterraines et y plaça ses hommes, munis de grenades et prêts à sortir à la moindre alerte. L'issue nord-est de la gaine centrale, notamment, avait été barricadée et complétement obstruée par des sacs à terre et des barbelés. Pendant que des groupes de sentinelles surveillaient les environs du fort, il assigna aux mitrailleurs territoriaux, valides, des postes de combats et leur indiqua leur champ de tir. Il fit ensuite évacuer le plus grand nombre possible de malades et de blessés. "

(commandant Piffre de Vaubon) " Souville, le 11 juillet. Toute la fraction utilisable de la 3e compagnie: 35 hommes environ et 3 mitrailleuses servies par quelques territoriaux encore valides, s'installa à l'issue des souterrains, sur la face nord-ouest de l'ouvrage. Le lieutenant Dupuy dirigeait cette poignée d'hommes. Sur la superstructure même, furent placés des groupes de sentinelles. A l'entrée sud du fort, on mit quelques territoriaux avec le sous-lieutenant d'Orgemont, de la 3e compagnie. A l'intérieur, le lieutenant Barreau, revenu à lui, bien que souffrant de son intoxication, était chargé, assisté par quelques hommes valides de son peloton, de maintenir l'ordre et d'assurer les communications entre le fort et le P.C. Tourelle.
Le capitaine Decap se tenait, personnellement, avec le lieutenant Dupuy et ses poilus."

 

A 10 h, un bataillon du 168e R.I. monte en ligne de Verdun et vient renforcer le bois de Fleury.
A 11 h, c'est un bataillon du 100e qui prend position au sud de la caserne Marceau.

En début d'après-midi, la situations française est critique. L'ennemi a percer à droite au bois du Chênois, il a percé à la Poudrière au centre et s'est rapproché du fort de Souville. Cependant, il est contenu et à stoppé sa progression.
A présent, il broie sous un déluge de feu la côte de Froideterre, le ravin des vignes, les forts de Souville, de Saint-Michel et de Belleville. Ce bombardement effroyable va duré toute l'après-midi.

A 19 h, le général Mangin improvise une contre-attaque. 2 compagnies du 217e R.I. s'élancent sur le P.C. Montagne et parviennent à le reconquérir. Dans cette action, plusieurs soldats français qui avaient été faits prisonniers le matin sont délivrés. A l'inverse, 80 soldats allemands sont capturés.
Témoignage du docteur Léon BAROS, aide-major au 217e R.I. : " Des prisonniers boches défilent devant nous ; quelques-uns, blessés, sont pansés par nous au passage. Ils ont faim, ils ont soif, leurs traits sont tirés et leurs vêtements boueux en lambeaux. Ils réclament à boire et à manger. Et nos poilus qui viennent de subir tant de mal par eux, leur offrent du pain, du chocolat, de l'eau et oublient toute rancœur, dans un grand élan de générosité.
Les blessés boches que nous pansons pleurent et nous offrent tout ce qu'ils possèdent : Leur couteau de poche, des cigares, des boîtes d'allumettes. "



Dans leur élan, les 2 compagnies du 217e R.I. poursuivent leur marche en avant mais s'aventurent trop loin dans les lignes allemandes. Elles sont faites prisonnières en partie mais le P.C. Montagne reste entre nos mains.
Témoignage de Léon MAX, soldat au 217e R.I. : " Le 217e attaque à son tour. Après avoir lancé une vingtaine de grenades, je suis blessé grièvement et je m'abats perdant mon sang en abondance. Je n'avais même pas la force de chasser les grosses mouches noires qui se posaient sur moi. Une fièvre de cheval et rien à boire. Deux brancardiers passent près de moi et me disent qu'ils vont envoyer du secours, mais ils sont tués peu après. Les Boches contre-attaquent et me piétinent en passant. De plus un Boche me donne dans le côté un coup de baïonnette qui heureusement n'atteint aucun organe essentiel. La contre-attaque a été repoussée et j'ai pu être relevé. "

La journée s'achéve dans un effrayante confusion.

Rive gauche
R.A.S.

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12 juillet - Ultime effort allemand sur Souville, Fleury, Tavannes, Froideterre (rive droite)
Rive droite
Toute la nuit, le bombardement est continu et intense sur le fort de Souville. A 5 h, il devient inouï. Les Allemands sont bien décidés à reprendre leur marche interrompu la veille.

Avant le lever du jour, le 100e R.I. qui est monté en ligne la veille au sud de la caserne Marceau, doit prendre place en 1ere ligne entre la Chapelle Sainte-Fine et la Poudrière. Cependant, le bombardement est tel, qu'il ne parvient pas à atteindre cette position.
Les Allemands voyant l'espace inoccupé, s'avancent de Fleury vers la Chapelle.
Les restes de la 5e compagnie du 14e R.I. sont en ligne non loin de la Chapelle dans les trous d'obus avoisinants. La poignée d'hommes à bout de force, voyant l'ennemi déboucher, lutte avec acharnement. Cependant, que peuvent quelques soldats face à une masse compacte. les survivants se retranchent vers la fort de Souville.
A présent, l'ennemi est parfaitement placé pour tenter une attaque sur le fort de Souville.

A 6 h, des 100e d'Allemands atteignent la superstructure du fort et l'envahissent. La riposte est immédiate. Le lieutenant Dupuy s'élance avec une poignée d'hommes et un vif combat à la grenade s'engage.
Tous les poilus valides dans le fort se lèvent et participent. S'engage alors sur la superstructure, une violente lutte à la grenade, à la mitrailleuse puis au corps à corps. Au bout d'un moment, l'attaque faiblit enfin, quelques Allemands se rendent, les autres reculent.
T
émoignage du lieutenant Kléber DUPUY, du 7e R.I. : " Dans la nuit du 11 au 12 juillet, le Capitaine POPIS envoie 2 coureurs vers le fort de Souville. Tous les 2 sont tués par le bombardement. Le Capitaine POPIS fait part de ses craintes au Docteur Louis CONTE, qui, sans hésiter dit : " J'y vais". Et, oublieux de sa Croix Rouge, transformé en agent de liaison, il part. En marchant, en courant, en rampant, il finit par rejoindre le fort.

A la pointe du jour, je venais de rendre compte au Capitaine DECAP des dispositions que j'avais prises dans le courant de la nuit pour faire face à l'attaque prévue, venant de la Poudrière, tombée la veille aux mains de l'ennemi et où d'importants rassemblements de troupes ennemies avaient été observés.
Le capitaine DECAP approuvait, lorsqu'un médecin arrive : c'était le Docteur Louis CONTE.
- Je viens, dit-il, de l'observatoire du Capitaine POPIS d'où j'ai vu déboucher plusieurs colonnes ennemies de Sainte Fine et se diriger vers le Fort. Il faudrait envoyer sans tarder une patrouille de reconnaissance.
- De quoi se mêle t-il celui là ? Vas donc soigner tes blessés et fous nous la paix.
- Je te dis qu'il faut envoyer une patrouille de reconnaissance avant qu'il ne soit trop tard.
- Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi.
- Et moi je t'en donne.
- Et moi je te dis Mer.. !
- Allez voir, me dit le capitaine, à mi - voix.
- C'est bon, je vais te lancer ta patrouille de reconnaissance, mais je te préviens, si tu me fais tuer des hommes inutilement, je te casserai la gueule ..... si j'en réchappe.

J'allais donc vers la sortie Nord qui faisait face à Sainte Fine ou se trouvait le sous-lieutenant d'ORGEMONT avec 20 grenadiers et 4 territoriaux pourvoyeurs de grenades.
J'avais dans la nuit diminué de moitié la garnison de la partie Nord du fort, au profit de la partie Nord-Ouest. J'avais commis une faute grave, lourde de conséquences. "Dés mon arrivée, j'interpellais le sous-lieutenant d'ORGEMENT :
- Les postes de Buêt ne vous ont rien signalé ?
- Non mon Lieutenant.
- Il paraît que les Allemands venant se Sainte Fine montent vers le Fort !
- J'y vais.
- Oui, mais prenez 8 hommes avec vous et munissez vous tous de deux musettes de grenades. Revenez sans tarder. Je vous attends ici. Les hommes qui restaient s'équipèrent également, prêts à intervenir.

Quelques instants à peine s'étaient écoulés que le d'ORGEMONT revenait et lançait :
- Les voilà ...les voilà !
- Contre attaques d' ORGEMONT ! contre attaquez , j'arrive !

Je me précipitais vers la sortie Nord-Ouest ; les premiers éclatements de grenades avaient alerté la garnison.
- Aux mitrailleurs territoriaux, feu à volonté !

Au Sergent GUISNIER, avec son groupe de 20 hommes, ordre est donné de contre-attaquer à la grenade le flanc des Allemands aventurés sur la superstructure, de ne pas s'y accrocher, mais d'aller prêter main forte au sous-lieutenant d'ORGEMONT.
Dés la première salve, les Allemands, surpris, se couchent et se terrent dans les trous d'obus. Aux 20 hommes qu'il me reste, et à quelques territoriaux pourvoyeurs de grenades :
- En avant, direction d'ORGEMONT.

Bien moins nombreux, mais abondamment pourvus de grenades, nos hommes font face, tandis que les mitrailleurs territoriaux balaient de leurs tirs de flanquement les nouvelles vagues d'assaut.

Voilà comment débute sur le Fort et pour le Fort de Souville la bataille décisive. Il était 6 heures du matin.
A deux heures de l'après-midi, les assaillants repoussés, le secteur devenu calme, le remords me tenaillait. Je passais le commandement du reste de la compagnie au Sergent GUISNIER. Le sous-lieutenant d'ORGEMONT, vous l'avez deviné, avait été tué.
Je partais vers les souterrains à la recherche du Dr CONTE. Je le trouvais devant l'infirmerie, à proximité d'un groupe d'officiers: Le commandant CABOTTE, chef du 25e B.C.P., 2 officiers de son état major, et le capitaine DECAP, qui mettaient au point la relève de la nuit.
- Docteur, je te cherchais.
- Tu es blessé ?
- Non, je viens te faire des excuses.
- Des excuses, pour quoi ?
- Parce que je t'ai insulté ce matin.
- Je te l'ai bien rendu !
- Avec usure, docteur, ajoute le Capitaine DECAP qui s'était approché, avec usure !
- Peut être, mais sans lui, le Fort était perdu.
- De quoi s'agit-il, demanda le commandant. CABOTTE ?
En deux mots, le capitaine DECAP rappela la discute du matin et les excuses que j'étais venu faire.
- Fort bien lieutenant, dit le commandant CABOTTE, et vous Docteur, tendez lui la main et embrassez vous.

Pendant que ce geste s'accomplissait, le commandant CABOTTE avait rectifié la position et salué, imité par les officiers qui l'entouraient.
- Très bien, répéta-t-il, voilà comment font des officiers dignes de ce nom. Vous pouvez disposer.

Cette scène, quoique rapide, m'avait profondément ému. Je saluais à mon tour et détournais la tête pour cacher mes larmes qui avaient coulé malgré moi. Le capitaine DECAP vint me serrer la main, tandis que le Docteur m'accompagnait jusqu'à mon poste de commandement, en première ligne.

Voilà comment naquit notre Amitié sur le champ de bataille, à VERDUN, Amitié qui, depuis prés d'un demi-siècle, ne s'est jamais démentie. "

Ce témoignage fut prononcé par Kléber DUPUY lors d'une réunion des anciens combattants dans le Gers. Le Docteur Louis CONTE de Sigean dans l'Aude, devais être présent, mais ce jour là, il était malade et alité.


Au centre, le docteur Louis CONTE. A droite, Gaston COMTE, qui a participé à la défense du Fort.
A gauche, Jean GRAMOND, qui a combattu dans le secteur de Souville.
Photos prise dans les années 60 lors d'une visite du fort de Souville.

 

A 9 h, tous les ennemis ont été chassés, mais les trous d'obus environnants et les fossés en sont encore remplis.
Soudain, le bombardement allemand qui avait faibli, reprend avec violence sur le fort. Vient s'ajouter de nombreux obus français qui arrivent de Verdun, l'artillerie de Verdun croyant le fort aux mains de l'ennemi.

Le lieutenant Dupuy se précipite alors au téléphone pour avertir que les Allemands ont été rejetés et qu'il faut absolument cesser ce tir de destruction. Cette conversation s'engage alors :
"- Allo ! Allo ! P.C. Tourelle ?
- Oui !
- Ici, Dupuy ; notre artillerie nous tire dessus. Faites allonger le tir.
- Où êtes-vous ?
- Au fort.
- Au fort ! et les Allemands !...
- Rejetés hors du fort ! quelques-uns prisonniers... Nous tenons !... allonger la tir !... allonger !...
- Allo !... allo !... "
Le lieutenant Dupuy avait déjà rejoint ses hommes.

Vers 11 h du matin, un peloton du 14e R.I. commandé par le lieutenant Agut, arrive en renfort au fort de Souville.
Le Lieutenant Sylvain Agut devenu capitaine, ètait présent à la réunion des anciens combattants dans le Gers. Kléber DUPUY en profita pour dire : " Personnellement je ne puis passer sous silence un inoubliable souvenir. Au moment le plus critique de la Bataille de Souville, l'arrivée du lieutenant AGUT, du 14° R.I., avec son groupe franc de 35 hommes, fit pencher la balance de notre côté. Son énergique intervention sur la superstructure du fort, purgea à la grenade, les entonnoirs et les excavations d'une centaine d'Allemands qui s'étaient embusqués et nous tiraient dans le dos. Tous furent tués ou blessés, à l'exception de 23, appartenant à la garde Royale Bavaroise, qui furent prisonniers. Je me devais de le rappeler aujourd'hui et de rendre, à tes hommes et à Toi même, l'Hommage qui vous est dû. "

Il poursuivit : " Lorsque le lieutenant. AGUT arriva en renfort, il m'annonça qu'un chef de pièce de mitrailleur, également du 14, le suivait à peu de distance avec tout son équipement, hommes et munitions, et qu'il ne tarderait pas à nous rejoindre.
Je dois dire, à la vérité que ce Chef de pièce, pas plus que ses hommes, je le les ai vu, ni connus, ce 12 juillet 1916. 34 ans plus tard, le 26 novembre 1964, je recevais la visite d'un ancien mitrailleur du 14e R.I. Au cours de la conversation, je lui demandais :
- Avez-vous connu au 14e R.I. un Chef de pièce de mitrailleuses dont le nom commence par les initiale J.D. ?
- C'est moi, me dit-il !

-
Alors qu'avez vous fait le 12 juillet 1916 ?
- L'entrée du fort me semblant impraticable en raison des morts, des blessés et des malades qu'on cherchait à évacuer, je suis allé me poster sur le flanc Ouest du fort pour m'opposer aux infiltrations de ce côte là ,mais aussi et surtout, pour faire face à l'attaque que tout le monde attendait, dans la brèche ouverte par les Allemands à la Poudrière, et qui constituait un grave danger pour le fort de Souville. "

Et ce Chef de pièce de mitrailleuses étant présent à la réunion des anciens combattants. Kléber DUPUY se tourna vers lui et lui dit : " -Mon cher Camarade, je vous félicite. Votre intelligente initiative vous fait Honneur. Elle mérite d'être tirée de l'oubli et d'être portée à la connaissance de ceux de "CEUX DE VERDUN ". Ce chef de pièce s'appelait Jean DARRIEUMERLOU.

Peu après, la 4e compagnie du 25e B.C.P. atteint également la fortification. Le commandant Cabotte (déjà cité plus haut) qui la commande met à la disposition de la garnison du fort un peloton et une compagnie de mitrailleuses.

Durant toute la journée, le bombardement allemand continue avec une extrême violence mais aucune nouvelle attaque n'est tentée.

 

A 21 h 30, le lieutenant Dupuy et ses hommes, qui viennent de se couvrir de gloire, sont relevés..
Témoignage du commandant P… :
" Qui à sauvé le fort ? Un jeune et admirable lieutenant d'infanterie.
Souville n'a jamais été démoli ; j'y suis allé en août 1916, et il subsistait encore au milieu des ruines des parties fort utilisables. Si l'on y avait travaillé depuis la fin de février, que n'aurait-on fait de ces quatre mois de presque complète tranquillité intérieure ? Combien de tonnes de béton auraient pu en renforcer les points utiles ?
La vérité est que l'on n'a jamais cru que les Boches pourraient venir à Souville. Toujours la même chose : le haut commandement n'a pu croire à la bataille de Verdun. Et l'on s'est trouvé en juillet dans le même désordre, dans la même prévoyance ; on est surpris par l'avance des Boches sur Souville, comme en février on l'a été de la ruée sur Verdun. Après ces quatre mois de combat, sans exemple encore dans cette guerre, on pousse au feu des unités au fur et à mesure de leur arrivée dans le secteur de l'armée. C'est une succession de "pains à cacheter" collés comme on peut et où l'on peut. "


Le fort de Souville

Grace à Dupuy et à ses hommes, le dernier coup est porté à la ruée allemande sur Verdun. L'ennemi n'est pas passé...
Dans la soirée, le Kronprinz reçoit l'ordre, puisque les objectifs fixés n'ont pas pu être atteints, " de se tenir désormais sur une stricte défensive ". L'Allemagne a dés lors perdue la bataille de Verdun. Cette bataille qui devait "saigner à blanc" l'armée française aura également "saignée à mort" l'armée allemande…

Elle ne s'est jamais trouvée aussi proche de Verdun et il s'en ai fallu de peu que la ligne française ne soit enfoncée. A
ujourd'hui, un monument représentant un grand lion couché, comme mortellement atteint, symbolise cette extrême limite atteinte par l'armée Allemande.

 

Dans la nuit, le général Mangin décide en urgence une contre-attaque visant à dégager les abords du fort.
Ainsi, la 37e D.I. (2e et 3e Zouaves, 2e et 3e Tirailleurs) et la 33e D.I. (9e, 11e, 20e et 207e R.I.) hâtent leur acheminement vers Verdun. Dans les rangs, lors des croisements avec les gendarmes, quelques hommes de la colonne bêlent comme des moutons, exprimant ainsi un " ras-le-bol " qui ne va faire que croître dans les mois qui suivront.

Entre la prise du commandement par le général Nivelle et le 12 juillet lorsque s'achève la phase essentiellement défensive pour l'armée française, le bilan a été de 86 000 blessés (1 131 par jour) et à 62 000 tués (815 par jour). Cependant, la bataille est loin d'être terminée. Nivelle écrit à ses divisions : " L'armée de Verdun a eu le bonheur de répondre à l'appel que le pays lui avait adressé... Mais sa tâche n'est pas achevée; aucun Français n'aura droit au repos tant qu'il restera un ennemi sur le sol de France, de l'Alsace et de la Lorraine..."

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R.A.S.


Front au 12 juillet 1916

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Reconquête Française rive droite

13 juillet - Contre-attaque française pour dégager la crête de Souville et reprendre Fleury (rive droite)
Rive droite
Témoignage du colonel Marchal : " La grande bataille offensive allemande de Verdun peut, dés lors, être considérée comme terminée.
Nous arrivons à une nouvelle phase que nous appellerons phase de transition entre l'offensive allemande et la contre-offensive française ; elle comprend la deuxième quinzaine de juillet, les mois d'août et de septembre.
Elle est marquée par quelques tentatives d'offensives allemandes, très localisées, et par toute une série de réactions françaises qui préparent notre grande offensive d'octobre.
C'est un tournant dans la bataille. Les troupes allemandes que nous trouvons devant nous n'ont plus, en général, la valeur de celles qui ont combattu précédemment à Verdun ; ce sont souvent des divisions fatiguées qui viennent du front de la Somme ; leur moral est peu élevé, et quand elles attaquent, c'est sans trop grande conviction. Notre artillerie va devenir nettement supérieure à l'artillerie allemande.
Le général Mangin, qui maintenant commande un groupement dans le secteur le plus important du champ de bataille, pousse ardemment à l'offensive… "

C'est au général Niessel que Mangin a confiée la tâche de mettre en place la contre-attaque qui doit dégager la crête de Souville et permettre la reprise de Fleury. Il dispose de la 37e D.I. (2e et 3e Zouaves, 2e et 3e Tirailleurs), de la 128e D.I. (100e, 167e, 168e et 169e) et d'un bataillon du 115e R.I. (8e D.I.).

L'assaut est fixé pour le 15 juillet à 7 h 55. Il se décompose de la façon suivante :
- Une attaque au centre s'élançant de la tranchée Ladmirault doit détruire les organisations ennemies entre le Dépôt de Souville et Fleury inclus. Cette mission est confiée à 6 bataillons de la 74e brigade (3e Zouaves et 3e Tirailleurs).

- Une attaque partant de la zone fort de Souville-Poudrière doit barrer l'accès aux renforts allemands. Cette mission est confiée à la 73e brigade (2e zouaves et 2e tirailleurs).
-
Une attaque au nord doit reprendre le P.C. 119, la batterie C et le Dépôt. Mission confiée au 115e R.I.

Toute la journée, 417 pièces martèlent les positions allemandes ou va se dérouler l'attaque.

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14 juillet - Contre-attaque française pour dégager la crête de Souville et reprendre Fleury (rive droite)
Rive droite
La préparation d'artillerie débutée la veille se poursuit toute la journée sous une pluie battante.

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R.A.S.

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15 juillet - Contre-attaque française pour dégager la crête de Souville et reprendre Fleury (rive droite)
Rive droite
A 7 h 55, les troupes françaises s'élancent sur un terrain détrempé. Rapidement la progression s'avère difficile, l'ennemi qui de toute évidence n'a pas beaucoup souffert du tir de préparation, dirige le tir de ses mitrailleuses sur les vagues qui avancent vers lui. Ses positions en hauteur en de nombreux endroits lui donnent un avantage important.

Le 3e Tirailleur parvient à avancer quelque peu sur la crête de la Poudrière (au sud-ouest de Fleury). Cependant, il est rapidement pris de flanc par de nombreuses mitrailleuses. A 3 reprises, les unités désorganisées se reforment et à 3 reprises, elle sont fauchées à nouveau.

Le 3e Zouave, à la gauche du 3e Tirailleur, parvient à atteindre assez rapidement les abords de la cote 261, dans le ravin des Vignes. Il tente ensuite de progresser à la grenade en remontant vers le village de Fleury. Sa progression très exposée et très lente lui cause des pertes considérables.
En fin de journée, sans être parvenu à atteindre son objectif, il aura perdu son chef, tous ses officiers et la moitié de ses hommes de troupe.

Le bataillon du 115e R.I. mène dès le début une lutte acharnée. Son combat se poursuit toute la journée sans qu'il parvienne à progresser.
Témoignage de G. MARYBRASSE, soldat au 115e R.I. : " Nous sommes dans une longue tranchée, pleine de morts ; une odeur affreuse monte de l'immense charnier. Soudain, le barrage boche se déclenche. Je vois des camarades, les yeux agrandis par l'épouvante, regarder vers le ciel, frappés de stupeur : Je regarde à mon tour, et je vois, retombant d'au moins 20 mètres, une pauvre chose inerte, bras et jambes ballantes, comme un pantin sans articulations qu'on aurait jeté d'un avion, d'un ballon. C'est un camarade qui a été soulevé comme une plume par le déplacement d'air d'un obus.
Quelques minutes plus tard, un obus éclate si près de moi (1,50 m à peine) que je vois très nettement une boule de feu. Par miracle, je ne suis que légèrement blessé, et je vais dans un petit gourbi, à flanc de ravin pour y attendre la relève. Je partage l'étroit abri avec un autre blessé. Avec quelle joie je savoure la possibilité de pouvoir m'étendre enfin, chose inespérée depuis onze jours ! Mon camarade sur le dos, moi sur le côté, nous nous endormons. Tout à coup, un tir de barrage éclate tout près et un obus tombe juste au-dessus de nous, nous ensevelissant. Alors pour nous, le bombardement devient lointain, lointain… je me rends compte du tragique de la situation ; si personne ne vient à notre secours, nous sommes perdus. Le malheureux qui partage ma tombe est étouffé par la terre ; trois fois de suite, je l'entends faire rronn, rronn, rronn, puis c'est tout ; je devine qu'il est mort ; il n'a pas souffert longtemps.
De tous mes efforts, j'essaie de me soulever, mais trois mètres de terre nous retiennent prisonniers ; par une habitude heureuse que j'avais toujours au front, j'ai toujours sur la tête mon casque avec jugulaire au menton ; la visière avant retient la terre et l'empêche de m'obstruer la bouche. La tête rabattue sur la poitrine, respirant à peine, je garde néanmoins toute ma lucidité. Je me rends parfaitement compte que tout sera bientôt fini ; alors, comme un film de cinéma, toutes sortes de souvenirs se présentent à ma mémoire, mais surtout, je pense à ma mère, à la peine qui sera la sienne lorsqu'elle saura tout ; puis j'entrevois mon père et mon frère décédés que je vais revoir, mes frères et ma sœur qui pleureront aussi à cause de moi ; alors, avec calme, avec toute ma connaissance, du plus profond de mon cœur, je fais mon acte de contrition, demandant à Dieu d'abréger au plus tôt mon martyre ; puis, des minutes s'écoulent, qui n'étaient peut-être que des secondes, mais qui m'ont paru des heures interminables. Je sens que ma tête bourdonne ; des bruits de cloches semblent sonner très fort, puis plus rien. De nouveau, je reprends connaissance, et à ce moment, je me souviens m'être fait cette réflexion : "Ce n'est pas si dur de mourir…"
Combien de temps suis-je resté ici ? c'est flou, mais assez longtemps, au moins 25 minutes, je l'ai su après. Au déclenchement du barrage, tous les camarades se sont sauvés ; quand cela s'est calmé, ils reviennent. C'est alors que le sergent Sèle s'inquiète de moi. Sèle est un camarade qui a fait notre admiration pendant les journées de Verdun par son courage et son sang-froid. "Où est Marybrasse ?" demande-t-il. C'est alors qu'il s'aperçoit de l'éboulement ; il m'appelle : "Marybrasse, Marybrasse, es-tu là ? " Comme dans un rêve, je l'entends vaguement et ne puis répondre. Persuadé que je suis dessous, il ordonne à quelques hommes de piocher rapidement. J'entends des coups lointains qui se rapprochent ; je me dis : "Ils n'arriveront pas jusqu'à moi…" Enfin, j'entends plus distinctement les coups, j'entends même que l'on parle. Sèle dit à ses hommes : "Attention maintenant. "Je sens une main sur mon casque : "J'en tiens un ! "s'écrie Sèle, et alors, de ses mains, il me dégage vivement la tête.
Comment dire ce que j'ai ressenti à ce moment ? Retrouver la vie au moment où je croyais bien la perdre, sentir l'air pur de la nuit… Tout cela m'a ranimé, je me sens sauvé, je pleure de joie. Je remercie mon sauveur, nous nous embrassons. "

A 18 h 30, le 115e R.I. est renforcé par une compagnie du 317e puis une seconde du 130e qui s'est jointe d'elle-même à l'attaque. A la nuit, cette nouvelle composition parvient à enlever le P.C. 119.

Le bilan de la journée est triste, les objectifs que s'était fixés le général Mangin sont loin d'être atteints. Les gains de terrain ont été minimes, et les pertes quant à elles ont été considérables. Le général Pétain, pour qui cette action était prématurée, critique Mangin à demi-mots, mais agit et prend la mesure suivante : " Dés le 15 juillet, nous passions à l'offensive sur la rive droite de la Meuse et le général Mangin faisait exécuter par la 37e division, mise à cet effet à sa disposition, une opération visant à la reprise des positions de Fleury, avec l'appui de 400 pièces d'artillerie. Mais le commandement local avait trop précipité l'engagement de cette affaire, qui ne réussit pas et qui aurait dû être plus mûrement préparée en raison du trouble apporté dans le secteur de Souville par la dernière ruée allemande du 11.
Par une note du 18, je faisais connaître mes observations critiques à ce sujet : Nos attaques seraient à l'avenir organisées par les commandements de groupements eux-mêmes qui, en raison de leur connaissance du terrain et de l'importance des moyens dont ils disposaient en permanence, étaient le mieux qualifiés pour orienter l'infanterie et lui donner les appuis nécessaires, dans la désignation des objectifs, le contrôle des tirs et la liaison avec les troupes assaillantes.
Je revenais ainsi sur cette question capitale de la supériorité à rechercher par notre artillerie, avec la volonté d'y réussir enfin ; c'était ma préoccupation dominante depuis le commencement de la bataille et nous ne pouvions obtenir qu'à cette condition le succès final. "

Il réclame également 2 mortiers de 400 mm pour écraser les forts de Vaux et de Douaumont qu'il faudra bien reconquérir si l'on veut dégager le secteur Verdun : " On me promettait de me donner satisfaction pour le début de l'automne et je décidai d'attendre ce moment pour nos grandes ripostes. "


Le général Pétain ........................... Le général Mangin

Rive gauche
R.A.S.

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16 juillet - Contre-attaque française pour dégager la crête de Souville et reprendre Fleury (rive droite)
Rive droite
Toutes les unités qui ont attaqués la veille sont toujours sur le terrain et leur lutte se poursuit.

A 3 h 45, le 3e Zouave se porte en direction du ravin des Vignes, sur la tranchée Fleury.

Vers 16 h, le 3e Tirailleur parvient à réaliser une faible progression en direction de la crête de la Poudrière, au sud-ouest de Fleury.

Rive gauche
Du 16 au 31 juillet, comme pour la 1ere quinzaine de juillet, l'activité sur la rive gauche est en nette décroissance.
L'artillerie allemande accentue ses bombardements de temps à autres dans certains secteurs mais l'activité première est d'organiser ses positions respectives.

Le 16, une patrouille allemande s'avance sur la cote 304. Elle ne recherche pas le combat et semble uniquement faire du repérage car dès le 1er coup de feu français, elle retourne dans ses lignes

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17 juillet - Contre-attaque française pour dégager la crête de Souville et reprendre Fleury (rive droite)
Rive droite
Toute la journée, les troupes toujours en ligne subissent d'intenses pilonnages sur leurs positions.
Témoignage du Fernand Brantegem : " La 1er compagnie a été anéantie par les obus. Il ne reste qu'une quinzaine d'hommes ; blottis dans un trou de marmite. Plus un seul officier. A un de ses hommes qui lui demandait ce qu'il fallait faire, le lieutenant Fayet, qui commandait la compagnie et qui était blessé à mort, répondit " Tenir jusqu'au bout ". ce fut sa dernière parole. "

Dans la nuit, les Allemands se lancent sur le P.C. 119 mais sont repoussés.

Rive gauche
Comme pour le 16, durant la nuit, une patrouille allemande. s'avance sur la cote 304 et retourne dans sa tranchée au 1er coup de feu français.

 

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18 juillet - Contre-attaque française pour dégager la crête de Souville et reprendre Fleury (rive droite)
Rive droite

Le 2e Zouaves poursuit l'action qu'avait commencée le 3e Zouaves le 16 juillet. Cependant, l'attaque n'apporte aucune amélioration, les zouaves sont fauchés par les tirs de mitrailleuses allemandes et sont contraints à rejoindre leur position initiale.

Rive gauche
R.A.S.

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19 juillet
Rive droite

A 2 h, le 317e R.I. repousse une contre-attaque sur le P.C. 119.

A l'aube, des éléments du 169e R.I. progressent en direction de la Chapelle Sainte Fine. En profitant de l'effet de surprise, ils parviennent à nettoyer les trous d'obus environnants. Les Allemands qui les occupaient s'enfuient ou sont faits prisonniers. Au final, les hommes du 169e réoccupent la petite cave qui constitue l'unique reste de la Chapelle.
T
émoignage du soldat SUTEAU : " Notre prisonnier nous fit comprendre qu'il était heureux d'être prisonnier, que la guerre était finie pour lui et que s'il avait tant hésité pour se faire prisonnier, c'est que de l'autre côté, on leur disait que les Français tuaient leurs prisonniers à coups de baïonnettes. "


Jeunes soldats allemands prisonniers

Le 2e Tirailleur qui à suivi le mouvement du 169e se dirige ensuite vers la route de Verdun à Vaux et parvient à l'atteindre. Il se déploie le long de la voie.

A 20 h, le 317e R.I. part à l'attaque en avant du P.C. 119. Il n'est arrêté que devant la tranchée dite "des 3 arbres", à l'ouest du Dépôt de Souville, et se fortifie sur place.

A 22 h 30, le 2e Zouaves appuyé par des grenadiers et des pionniers du 3e Tirailleur, lance une attaque sur la Poudrière. La lutte se poursuit toute la nuit.

Rive gauche
R.A.S.

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20 juillet - Reprise de la Poudrière
Rive droite
La lutte du 2e Zouaves se poursuit. A l'aube, la Poudrière cède enfin et 8 officiers allemands ainsi que 150 soldats se rendent aux Français.
La Poudrière est investie et rappidement organisée.
Dans cet ouvrage, les zouaves se trouvent dans une position avancée dans les lignes allemandes. Le jour venant, ils s'aperçoivent qu'ils ont en vue une tranchée allemande leur tournant le dos. Cette tranchée se trouve ainsi prise en tenaille entre face à elle, le 100e R.I., et à revers, les hommes du 2e Zouaves à la Poudrière.
Quelques tirs de mitrailleuses bien ciblés contraignent les 200 Allemands qui occupent cette position critique à se rendre au 100e R.I.

Dés lors, la liaison est rétablie entre le 100e et le 2e Zouaves.

Témoignage du soldat LECLAIRE : " Les prisonniers nous disent : "Nous ne serons pas vainqueurs, mais vous ne le serez pas non plus""


Les prisonniers allemands partant à l'arrière


Front au 20 juillet 1916

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21 juillet
Rive droite

Le 2e Tirailleur est toujours près de la route de Verdun à Vaux. Il tente une percée vers l'ouest et parvient jusqu'à la voie ferrée.

Le bataillon Négrier du 11e R.I. essaie de progresser vers le sud du Dépôt de Souville mais le tir nourri de l'ennemi l'empêche d'avancer.


Tirailleurs blessés dirigé au poste de secours par 2 camarades

Rive gauche
R.A.S.

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22 juillet
Rive droite

3 attaques Allemandes simultanées sur le bataillon Négrier du 11e R I. sont repoussées. Le reste du temps, le bombardement est très violent sur le secteur. Les hommes se terrent dans les trous.

Rive gauche
R.A.S.

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23 juillet
Rive droite et rive gauche

R.A.S.
Journée calme selon les communiqués officiels. Cela veut dire qu'il n'y a pas eu de grandes attaques, mais simplement des altercations locales. Pas de bombardement général mais des pilonnages locaux et alternés.
Tout au long de la " Bataille de Verdun ", aucune journée ne put être qualifiée de " journée calme ". Les meilleures d'entres elles peuvent être comparées aux plus mauvaises des autres secteurs.

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24 juillet
Rive droite
A 3 h, les Allemands attaquent en direction de la ferme de Dicourt face au 95e R.I. Les 2 compagnies présentes (la 11e et une section de la 9e) se défendent héroïquement mais se font massacrer. Plus tard, 2 contre-attaques permettent de reprendre le terrain perdu.

Témoignage de ROBICHON, téléphoniste au 95e R.I. : " Dans la 2e quinzaine de juillet, j'ai été téléphoniste. Nous nous tenions au poste de Tavannes. Le spectacle était terrifiant. Toutes les heures, le bombardement le plus violent que j'aie jamais vu se déclenchait et un arrosage systématique mètre par mètre, de tout le ravin, jusqu'à l'entrée du tunnel de Tavannes s'exécutait dans une vraie féerie d'enfer.
Sitôt qu'une ligne téléphonique était coupée, c'est-à-dire constamment, on partait à deux pour réparer. Je me suis toujours demandé comment il était tout de même possible de sortir vivant d'un pareil enfer. "


Téléphonistes en train de réparer une ligne

A 11 h, la 2e compagnie du 20e R.I. s'élance vers la Batterie C, aux abords nord-est du P.C. 119. Elle s'établit à 200 m à l'est, son objectif est atteint.
A 11 h 30, le bataillon Négrier du 11e R.I. s'élance à son tour, dépasse le 20e R.I. et enlève la Batterie C en faisant 40 prisonniers.

Dans l'après-midi, le 10e R.I. quitte Vavincourt et gagne par camions le village de Moulin-Brûlé, près de Nixéville. Il cantonne la nuit dans le secteur.

Rive gauche
R.A.S.

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25 juillet
Rive droite
Vers 7 h 40, au ravin de la Folie, les Allemands sont aperçus baïonnette au canon dans leurs tranchées. Bientôt, une forte concentration s'avance face au 115e R.I. Après un âpre combat à la grenade, les Allemands sont déstabilisés et rejoignent leur point de départ.
Témoignage de Marcel RAINE, soldat au 115e R.I. :
" Nous sommes en ligne vers Froideterre. Le pauvre Leduc, un vieux de la classe 1901 ou 1902, se met à errer dans la plaine, complètement fou de peur. Le capitaine a eu pitié de lui. Leduc avait des enfants et il n'a pas voulu le punir, car c'eût été trop grave… "

Rive gauche
R.A.S.

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26 juillet
Rive droite
Le 3e bataillon du 20e R.I. tente une nouvelle attaque sur le Dépôt de Souville. Une faible progression est réalisée.


Départ d'une attaque française

Le 10e R.I. monte en ligne en plein jour dans le secteur Marceau. La marche est très pénible car la chaleur est grande et le terrain est complètement bouleversé. Il a reçu l'ordre de progresser tous les jours.

Rive gauche
R.A.S.

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27 juillet
Rive droite
Le 20e R.I. subit toute la journée de fortes contre-attaques. Aucune ne le fait faiblir.

Le 2e bataillon du 10e R.I., en première ligne, organise les positions relevées la veille.

Le 115e R.I. est relevé dans la nuit ; il a perdu 24 officiers, dont 19 blessés, et 1 017 hommes tués ou blessés. Il était en ligne depuis le 13 juillet.

Rive gauche
R.A.S.

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28 juillet
Rive droite
A 12 h 45, le bataillon Négrier du 11e R.I. et le 3e bataillon du 20e R.I. se lancent ensemble à l'assaut du Dépôt de Souville.
En fin de journée, après un violent corps à corps, les 1e et 2e compagnie du 11e atteignent le Dépôt. La 1ere compagnie du 20e s'établit plus à l'est. La 2e compagnie du 20e qui a progressé plus difficilement vient finalement se souder à la 1ere.

Dans la journée, le 2e bataillon du 20e R.I. en ligne à l'est du bois en T repousse brillamment une attaque dirigée sur son flanc droit.
Témoignage du caporal G. DAULNE :
" Aucun Boche ne pouvait la franchir ; tous s'entassaient les uns sur les autres. Cette mitrailleuse était tenue par un petit gars de la classe 1916 ; il n'en ratait pas un, mais, à la fin, il était tellement fatigué qu'il pleurait en tirant. Nous l'avons fait relever pour qu'il se repose un peu, mais son remplaçant les loupait tous, aussi nous l'avons supplié de revenir et revenu aussitôt il a continué sa destruction macabre. "

Une attaque allemande est repoussée sur le front du 10e R.I.. Les pertes ennemis sont lourdes.

Dans la nuit, le 27e R.I. lance une attaque sur la tranchée de Monbrison mais ne parvient pas à l'atteindre. Les tirs de l'ennemi lui causent de lourdes pertes.
Le 2e bataillon du 10e R.I., grenadiers en tête, se porte en direction de la voie ferrée qui va à Fleury (au nord-ouest de la chapelle Sainte-Fine). Il avance ainsi sa ligne de plus de 100 m.

Rive gauche
R.A.S.

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29 juillet
Rive droite
R.A.S. dans la journée.

Dans la nuit, le 12e R.I. repousse 2 attaques.
Le 10e R.I. passe la journée à organiser les positions prises la veille. Lorsque la nuit est tombée, il
vient en aide à 2 reprises au 9e R.I., qui est attaqué de face et dont la position forme un angle droit sur la gauche avec le bataillon. Les tirs de flancs réalisés par le 10e R.I. dispersent rapidement l'ennemi.

Rive gauche
R.A.S.

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30 juillet - Reprise de quelques positions au sud-ouest de la crête de Fleury
Rive droite
Dans la journée, Le 2e bataillon du 10e R.I. progresse de quelques 10e de mètres en avant de la voie férrée.

Dans la nuit, les 9e et 207e R.I. s'élancent sur le croupe sud-ouest de Fleury et réoccupent quelques positions que tenait l'ennemi.
Le 2e bataillon du 10e repousse 2 contre-attaques

Rive gauche
R.A.S.


Front au 30 juillet 1916

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31 juillet
Rive droite
Le 2e bataillon du 10e R.I. tient toujours ses positions. A 2 heures du matin, il repousse une violente attaque allemande.
Plus tard, il parvient à réaliser une nouvelle progression, jusqu'au coude de la voie ferrée, qui est son l'objectif théorique.

Rive gauche
En raison de la baisse d'activité sur la rive gauche, les effectifs sont diminués.
Plus que 3 D.I. occupent le secteur :
-
la 65e D.I. (203e, 311e, 312e et 341e R.I.) à l'ouest du Mort-Homme ;
- la 64e (252e, 261e, 339 et 340e R.I.) à Chattencourt ;
- la 151e (293e, 337e, 403e et 410e R.I.) à Marre-Charmy.

Témoignage du soldat Gervais MORILLON : " Il se passe des faits à la guerre que vous ne croiriez pas. Avant-hier, et cela a duré deux jours dans les tranchées que le 90e occupe en ce moment, Français et Allemands se sont serré la main.
Voilà comment cela est arrivé : le 12 au matin, les Boches arborent un drapeau blanc et gueulent : "Kamarades ! Kamarades ! rendez-vous !"
Ils nous demandent de nous rendre. Nous de notre côté, on leur en dit autant ; personne n'accepte. Ils sortent alors de leurs tranchées, sans armes, rien du tout, officier en tête ; nous en faisons autant et cela a été une visite d'une tranchée à l'autre, échange de cigares, cigarettes, et à cent mètres d'autres se tiraient dessus.
Si nous ne sommes pas propres, eux sont rudement sales, ils sont dégoûtants, et je crois qu'ils en ont marre eux aussi.
Depuis, cela a changé ; on ne communique plus. "


Soldat français fumant une cigarette dans une tranchée allemande
(photo censurée par l'armée française)

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