Le casque " Adrian " :

La cervelière :

Avec la guerre de position et l'augmentation dramatique des blessures au crâne, il faut penser à protéger la tête des soldats. En décembre 1914, le sous-intendant Adrian propose une calotte métallique à insérer dans le képi.
Dans l'urgence, faute d'autres propositions, l'intendance passe commande de 700 000 de ces calottes, livrable dés le 10 mars.


3 tailles existent : La petite d'un diamètre de 17 cm et repérée par une marque bleu ; La moyenne d'un diamètre de 18 cm et sans marque ; La grande d'un diamètre de 19 cm et repérée par une marque rouge. Cependant, la majeure partie de la production ne concerne que la taille moyenne, la production de la petite et de la grande taille ne formera que 15% chacune de la production totale.
Rapidement, le constat est fait qu'il est assez difficile de placer la cervelière sous la basane du képi, comme le stipule le règlement. De plus, elle est très inconfortable et occasionne des maux de tête. Donc, très souvent, la calotte est portée à même le crâne ou directement par-dessus le képi, inclinée vers l'avant, lorsqu'elle n'est pas tout simplement pas portée et utilisée comme " ustensile de cuisine " ou "récipient à munitions" !

 

Le casque Adrian 1er type :

Avec la nouvelle tenue apparaît le premier casque d'infanterie, dit " casque Adrian ", du nom de son inventeur, le sous-intendant Adrian. Un premier modèle est arrêté le 21 mai 1915 et commandé à 1 600 000 exemplaires.

 

Il est fabriqué à partir d'une plaque de 33 cm de diamètre, et de 7 dixièmes de millimètres d'épaisseur, emboutie à froid. A cette plaque, est ajouté un cimier, et 2 visières avant et arrière, soudées ensemble. Assez rapidement, les 2 visières sont en plus rivetées ensemble de chaque côté par 2 petits rivets qui, selon les fabricants, sont positionnés soit verticalement soit en oblique.
L'intérieur est muni d'un rembourrage de cuir à 7 dents d'un seul morceau. Il est possible pour les mois d'hivers, d'ajouter un rembourrage supplémentaire de tissu qui se place entre le rembourrage de cuir et le casque.

Une jugulaire également de cuir permet de maintenir le casque sous le menton (quand elle n'est pas utilisée, la jugulaire est ramenée sur le dessus du casque).

Visières non rivetées (très rare)
Visières rivetées verticalement

Visières rivetées obliquement

 

La jugulaire
Intérieur fait d'un seul morceau de cuir

 

C'est à partir du milieu de l'été 1915 qu'il est massivement distribué, et les troupes qui participent à l'offensive de Champagne du 25 septembre en sont pourvues.

Casques Adrian 1915

 

Fin 1915, quelque trois millions de casques Adrian équipent les poilus. Ce couvre-chef est disponible en trois tailles, A, B et C, elles même divisées en 3 tailles de tour de tête, 54, 58 et 64. Soit 9 tailles en tout. Il pèse entre 670 et 750 grammes. Il est recouvert d'un vernis bleuté, dit " gris artillerie ", qui est la couleur du fameux canon de 75.

Sur le devant du casque est placé un signe distinctif : une grenade pour l'infanterie de ligne, deux canons croisés pour l'artillerie, une ancre pour l'infanterie coloniale, une cuirasse et un port de tête pour le génie, un cor pour les chasseurs, un caducée pour les services de santé, une croix rouge sur casque blanc pour les infirmiers. Suivant les fabricants, le détail de ces insignes est plus ou moins marqué.

 

Le couvre casque :

Dès la mise en service massive du casque Adrian, il apparaît que la couleur employée n'est pas appropriée pour la guerre de tranchée. La réflexion des rayons du soleil sur le vernis bleuté du casque le rend facilement repérable. De nombreux cas de soldats repérés et tués par les guetteurs allemands alors qu'ils sont au créneau sont constatés. Pour éviter au maximum d'être ainsi repérés, les soldats badigeonnent leur casque de boue.

Début 1916, il est décidé de distribuer aux troupes un couvre-casque de tissu, mais sa couleur définitive ne fait pas l'unanimité. Si certains officiers estiment que la couleur la meilleure serait le kaki, qui se confond avec la terre des tranchées, d'autres pensent au contraire que sa teinte semble devoir être celle du drap des capotes.

Kaki ou bleu clair, les couvre-casques ne sont utilisés que pendant le premier semestre 1916.

 

Couvre-casque

 

Le casque Adrian 2eme type :

Le 3 juin 1916, sur demande du général Joffre, les casques en service reçoivent par mesure d'ensemble, une peinture terne destinée à en dissimuler la visibilité.
Les casques en cours de fabrication subissent quant à eux une transformation. Cuits plus longtemps durant la chaîne de montage, ils prennent une teinte qui tend à devenir gris fer au lieu de gris-bleu. Cela a pour résultat de les rendre plus mats et donc moins luisants au soleil.

Dès que l'opération de repeinture est terminée et que les nouveaux casques commencent à sortir des usines (fin 1916), il n'est plus fait usage des couvre-casques en tissu. Etant souvent malpropres, ils présentent les mêmes inconvénients que le badigeonnage à la boue (interdit le 15 octobre 1916) que sont les risques d'infection des blessures. Faits constatés à mainte reprise.
Dès septembre 1916, l'intérieur du casque n'est plus constitué d'une seule pièce. Chacune des 7 dents est cousue sur un bandeau séparé.

 

Intérieur 1916, chaque dent est cousue sur le bandeaux

Casques Adrian 1916

 

 

Casque de lieutenant (très original car son propriétaire a fait
poser 2 petites barrettes métaliques symbolisant son grade.
Pratique non réglementaire bien sur)

 

Casque de capitaine

 

Casque de général de brigade d'infanterie

 

Casque de général de brigade d'Intendance

 

 

Casque de général de division

 

Casque d'un personnel de santé muni
d'un brassard de la Croix Rouge

Les visières de protection :

Au cours du conflit, plusieurs tests sont réalisés pour tenter au maximum de protéger la figure des éclats d'obus.
Ainsi, en juin 1916, le médecin aide-major Polack propose une visière en métal qui s'adapte sur l'avant du casque Adrian. De petites persiennes au niveau des yeux permettent de voir devant soi. Les premiers essais débutent le 10 janvier 1917.

3 modèles vont successivement voir le jour de 1917 à 1918:
Le 1er modèle de visière (2ème semestre 1917) est une pièce indépendante qui s'adapte sur le casque Adrian "standard".
Le 2ème modèle (1er trimestre 1918) fait partie intégrante du casque, il est donc nécessaire de disposer d'un casque standard à côté si l'on désire ne plus utiliser la visière.
Le 3ème est le même que le second mais il est allongé de 2 cm, il ne sera jamais porté.

Cependant, il est vite constaté que cette protection n'offre qu'une visibilité très restreinte durant les combats. De plus, elle gène grandement le port du masque à gaz. Les 3 modèles fabriqués chacun à 2000 exemplaires seront finalement abandonnés et ne seront que très peu utilisés.


Visière 1er modèle


Visière 3ème modèle

 

 

C'est également en 1916 que Jean Dunand, partant du même constat qu'il est nécessaire de protéger la face du soldat, met au point un autre type de visière.
De même principe que la visière Polack, la visière Dunand se fixe sur l'avant du casque Adrian à l'aide de vis mais elle a l'avantage de s'adapter à toute les tailles de casques. Elle est composée de 2 plaques de tôle arrondies qui peuvent glisser l'une sur l'autre. Ce principe offre ainsi plusieurs hauteurs de protection suivant que l'on déploie totalement les 2 plaques ou non. Les 2 plaques sont perforées d'un grand nombre de fentes horizontales disposées en quinconces.

3 modèles vont successivement voir le jour de 1916 à 1918:
Le 1er modèle de visière est constitué de 2 plaques plates. Celle du haut est opaque et celle en dessous est perforée de très petites fentes horizontales.
Le 2ème modèle est identique au premier mis à part que les 2 plaques sont légèrement galbées et les fentes sont plus longues et moins nombreuses.
Le 3ème est constitué d'une seule plaque très bombée et entièrement perforée. Elle peut être totalement relevée.

La visière Dunand qui permet une protection du visage assez importante a l'avantage de ne pas empêcher le port du masque à gaz car elle est assez éloignée de la face. Cependant, pour les mêmes raisons que la visière Polack au niveau de la visibilité au combat, elle ne rencontre pas l'engouement escompté auprès des combattants. Il est rapidement constaté que les nombreuses fentes horizontales provoquent un malaise visuel, notamment lorsque le soldat est en mouvement.


Visière 2ème modèle

Visière 3ème modèle

 

 

D'autres protections moins "officielles" voient le jour tout au long du conflit. Elles sont souvent réalisées "à chaud" par les soldats de 1ère ligne qui sont les premiers à en imaginer l'utilité.

Par exemple, cette épaisse plaque de métal qui est ajoutée sur l'avant du casque pour protéger des tirs frontaux. Une protection sans doute utilisée par les guetteurs qui se déplaçaient en rampant pour tenter d'approcher le plus près possible de la tranchée ennemie sans se faire repérer.

 

 

Le casque Adrian de tankiste :

C'est le 16 avril 1917, au Chemin des Dames, dans le secteur de Berry au Bac que les chars d'assaut français sont utilisés pour la première fois. A ce moment, il est stipulé dans le règlement que les membres d'équipage d'un char doivent porter le casque Adrian d'artillerie réglementaire.

Rapidement, il est constaté que ce casque en l'état n'est pas du tout approprié pour l'espace confiné et la configuration d'un char d'assaut.
Le général Jean-Baptiste Estienne, commandant en chef de l'artillerie spéciale (les chars d'assaut), étudie les rapports des officiers tankistes et apporte rapidement une amélioration. La visière avant du casque, trop longue, ne permet pas au soldat de s'approcher suffisamment des meurtrières, elle est donc découpée sur l'avant du casque et repliée afin de ne pas être tranchante.

Visière avant coupée

 

Cette modification devient obligatoire mais non industrialisé, et c'est de manière " artisanale " qu'elle est réalisée par les soldats. Cela laisse court à de nombreuses variantes donnant au casque une allure peu singulière et peu esthétique. Soucieux de leur allure, beaucoup de tankistes ajoutent alors sur l'avant un bourrelet en cuir redonnant au casque une silhouette plus jolie. Cette partie molle a aussi l'avantage de fournir " un repose front " plus confortable lorsque l'on est aux fentes d'observation. Cependant, cette partie de cuir ne sera jamais réglementaire durant la guerre.


Visière avant coupée et recouverte
de cuir (non réglementaire)

 

Durant l'année 1918, le général Estienne instaure une seconde modification, le remplacement du cimier jugé trop proéminent par une plaque cachant simplement l'aération.

Ce ne sera qu'en 1919 qu'un modèle réglementaire verra enfin le jour, avec un bourrelet de cuir monté en usine et le nouvel insigne officiel, un heaume et deux canons croisés.


Modèle 1919 (mais sans le nouvel insigne)

 

Quelques autres variantes :

 


Casque d'infirmier
Casque d'aumonier

 

Les casques des pilotes aéronautiques :

Le casque de marque ROOLD dont le fabriquant se trouve à Paris, est le casque le plus utilisé par les pilotes aéronautiques du début de guerre.
Il est assez massif et monte haut sur le crane ce qui lui permet d'offrir une bonne protection. Il est confectionné en cuir et son intérieur est matelassé.

 

A partir de l'année 1917, un nouveau modèle de casque dit " casque ROOLD simplifié " commencent à faire son apparition de manière significative.


Autre modèle de casque

 


Bonnet d'aviateur