1er mars

Journée calme selon les communiqués officiels. Cela veut dire qu'il n'y a pas eu de grandes attaques, mais simplement des altercations locales. Pas de bombardement général mais des pilonnages locaux et alternés.
Tout au long de la " Bataille de Verdun ", aucune journée ne put être qualifiée de " journée calme ". Les meilleures d'entres elles peuvent être comparées aux plus mauvaises des autres secteurs.

 

La voie Sacrée :

Il existe 4 voies permettant de rallier Verdun par l'arrière :
- La voie ferrée de Commercy qui longe la Meuse, mais qui à Saint-Mihiel passe en terrain ennemi. Elle est donc inutilisable.
- La voie de chemin de fer de Saint-Menehould et Clermont-en-Argonne, mais qui à la hauteur d'Audreville est constamment détruite par le canon allemand. Elle ne peut donc servir que pour transporter un nombre restreint de matériel.
- Le petit chemin de fer " Meusien " à voie étroite, peu adapté. Lui aussi, ne peut permettre l'acheminement que de petits matériels.
- Enfin, la route départementale Bar-le-Duc-Verdun.

 

Cette voie traverse Bar-le-Duc, Naives, Erize-la-Brûlée, Rosnes, Erize-la-Grande, Erize-la-Petite, Chaumont-sur-Aires, Issoncourt, Hieppes, Souilly, Lemmes, le Moulin-Brûlé, Regret et entre à Verdun par le faubourg de Glorieux.
Elle épouse sur 75 km, le relief ondulé de cette région vallonnée, montant et descendant sans cesse. Depuis août 1915, elle a été élargie à 7 m, de sorte que 2 camions peuvent se croiser et un véhicule plus rapide peut passer au milieu. De plus
le général Herr a fait raffermir la chaussée

 

 

 

Dés le début de la bataille, il apparaît clairement au commandement français que cette voie d'accès, hors d'atteinte de l'ennemi, est la plus sûr et la plus adapté pour acheminer un grand nombre de troupes, de minutions et de matériel vers Verdun. Pire encore, si son trafic est interrompu pour une raison ou pour une autre, la bataille est perdu.

Dés le 22 février une commission régulatrice est créé afin de d'orchestrer et réguler au mieux le flux de véhicule. Il est décider de faire partir les convois de Badonvilliers afin d'éviter un engorgement total à Bar-le-Duc. Une file ininterrompue de camions de toutes sortes s'engagent alors sur la route gelée et alimente la bataille en troupes fraîches.

Dans l'autre sens, une autre file ramène les combattants vers l'arrière. A cela, vient s'ajouter les camions de munitions, de vivres, de matériels divers, les voitures sanitaires, toutes sortes de véhicules des services des armées, camionnettes de courriers, génies, artillerie, aviation, camouflage, auto-camion, auto-projecteurs, télégraphie, radiotélégraphie, etc… qu'il faut bien laisser passer au milieu des autres.
Les troupes montantes sont chargées aux environs de Bar-le-Duc et débarquées à Nixéville ou Blercourt, suivant l'intensité du bombardement. Là, sont reprises les relèves descendantes pour les conduire au repos, soit à l'ouest de Bar-le-Duc : Brabant-le-Roi, Revigny, Neuville-sur-Orne, soit au sud dans la région entre Saint-Dizier et Ligny-en-Barrois.

Les munitions arrives par trains dans les gares de Bar-le-Duc, Baudonvilliers, etc… et chargées dans les camions. 300 tonnes peuvent être chargées en 3 heures. Lorsque 30 camions sont prêts, ils partent sans tarder vers les dépôts de munition. Il en va de même pour le matériel et les vivres. Les nombreux dépôts sont disséminés dans les villages derrière Verdun, à Heippes, Souilly, Lemmes, fort de Dugny, carrière d'Haudainville, fort de Landremont, fort de Balleray, ect. Ils constituent les bases arrière de la bataille.

Ce que l'on va appeler la " noria " semble s'être bien mise en place et semble bien huilée durant les premiers jours de combats. Lorsque soudain, le 1er mars, en milieu de journée, le général Pétain reçoit un coup de téléphone à son Q.G. de Souilly.
C'est le dégel !!! Le froid persistant depuis le 21 février a maintenu un sol gelé évitant aux lourds camions de s'embourber. Avec le redoux constaté depuis la veille, la première autoroute de l'histoire se transforme en une succession de fondrières et les roues pleines des véhicules commencent à s'enliser et à tourner sans prise dans la boue épaisse. En plusieurs endroits, des camions immobilisés bloquent le passage et interrompent la progression.

Pétain est parfaitement conscient que si la situation n'est pas rétablie dans 72 heures, c'est un désastre. L'accalmie relative dont fait preuve actuellement l'armée allemande ne saurait durer et présage inévitablement un nouvel effort imminent, sur la rive droite et peu être également sur la rive gauche. L'arrivé d'hommes, de munitions et de matériel doit absolument continuer à tourner à sa vitesse maximale
Pétain, lucide, ordonne alors les mesures les plus logiques et les plus simples à mettre en place dans une telle situation. Il instaure en même temps un règlement très strict et une discipline de fer à tenir tout au long de la bataille.

Pour rendre la route un peu prêt praticable, il faut boucher les trous avec des cailloux et passer un rouleau compresseur. Cependant, aucun tas de pierres n'a été prévu au bord de la route. De plus, il est impossible de rechercher ces matériaux au loin, cela prendrait trop de temps et comment les acheminer puisque la route est bloquée.
Pétain donne donc l'ordre d'ouvrir le plus prêt possible de la route des carrières de pierres tendres du pays. Des équipes de civils et de territoriaux les exploitent aussitôt. Mois de 48 heures après le dégel, plus de mille travailleurs sont répartis tout au long des 75 km et lancent nuit et jour dans les trous boueux, des pelleté de pierres.
Il est impossible d'employer les rouleaux compresseurs qui ralentiraient le trafic. Pétain donne l'ordre que se soit les camions eux même qui remplissent ce rôle avec leurs roues à bandage plein. Cette manœuvre se trouve facilité par le fait que les pierre de la Meuse sont tendres.

La noria a donc reprise rapidement mais une route réparée de façon si précaire est vouée à s'abîmer très vite, surtout soumise à un trafic si intense. Pétain donne donc pour finir un ordre simple, cette réfection ne doit jamais s'arrêter. Elle doit durer, comme le trafic, 24h sur 24 et aussi longtemps que cela sera nécessaire.
Ainsi, cette route fût la première de l'histoire à être simultanément détruite et reconstruite. Les trous se forment, un vieux territorial y jette une pelleté de cailloux que le camion suivant tasse de ses roues, quelques camions plus loin, le trou se reforme et l'on recommence.

Pétain instaure également un règlement très strict, tout véhicule tombé en panne ou ayant crevé est immédiatement poussé de côté. En parallèle, une section de dépannage est mise sur pied, on improvise au bord de la route des ateliers de fabrication de pièces de rechange, les parcs automobiles de Bar-le-Duc et de Troyes travaillent nuit et jour à la conception de bandages caoutchoutés qui sont livrés dans ces atelier de campagnes.

Témoignage du soldat Louis FEBVRE : " Ce nom a été donné par Maurice Barrès à la route de Verdun à Bar-le-Duc qui a joué un si vaste rôle pendant la bataille en permettant le ravitaillement en hommes, en vivres et en munitions
La grande ligne de chemin de fer coupée, Verdun se trouvait isolée du reste de la France. Le petit tacot meusien, malgré toute sa bonne volonté, n'avait qu'un débit tout à fait réduit. On mit en état cette route et, nuit et jour, tant que dura la bataille, un double fleuve se mit à rouler, le fleuve des camions qui montaient à Verdun emportant les combattants et les munitions, le fleuve des camions qui descendaient de Verdun avec les blessés et les combattants en relève.
De place en place, des postes de territoriaux. Quand un obus ou une bombe d'avion tombait sur la route et la crevait d'un entonnoir, l'équipe de territoriaux la plus proche se précipitait et réparait la route. Les à-coups étaient nombreux, mais ne duraient jamais longtemps, tant chacun avait conscience de sa responsabilité, tant il se hâtait à sa tâche, quel que fût le danger couru.
La Voix Sacrée est un symbole. On a reproché aux Français de ne pas être des organisateurs, il eût été plus juste de leur reprocher d'être des imprévoyants.
Sur la Voix sacrée, la discipline était de fer. Aucune voiture à cheval, sous quelque prétexte que ce fût, ne s'intercalait entre les convois. Des fourgons attelés, qui n'avaient pourtant besoin de suivre la route interdite que pendant 100 ou 200 mètres, ont été contraints, pour ne pas déranger cette belle horlogerie, à faire un détour de plusieurs lieues. Ici, avec une autorité magnifique et une parfaite intelligence, on sacrifiait tout à l'essentiel : le service des tranchées de Verdun. Cette calme leçon d'énergie donnait une grande confiance aux hommes. "

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Ainsi, tout au long de la bataille, 16 bataillons (8200 hommes) seront affectés à l'entretient de la route et à l'extraction des carrières. Ils jetteront entre 700 000 et 900 000 tonnes de pierres sur la route.
Durant 10 mois, chaque semaine, 3500 camions effectueront l'allée retour Bar-le-Duc Verdun, soit en moyenne, un camion toutes les 14 secondes. Certains jours, il sera constaté une fréquence d'un camion toutes les 5 secondes.

Toujours à la semaine, tous véhicules confondus, il sera effectué 1 millions de km sur la voie (soit 25 fois la circonférence de la terre), 90 000 hommes et 50 000 tonnes de matériels seront transportés.
Si l'on tente de chiffrer le tonnage total qui a été transporté, englobant le matériel, les munitions, les combattants et les blessés, se chiffre parait atteindre les 2 millions de tonnes.


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2 mars - Perte du village de Douaumont
A l'aube, une compagnie du 418e R.I. passe à l'attaque et s'empare des chalets au sud de Douaumont.

De 7 h 30 à 9 h, le bombardement allemand est très violent sur le front de Douaumont - Vaux. Parmi les projectiles, de nombreux obus au gaz.

La guerre chimique (Accessible également dans la partie Thèmes)

L'ennemi passe à l'attaque dans l'après-midi mais il est stoppé au sud-ouest du bois Chaufour (146e R.I.) et de chaque côté du fort de Douaumont. Durant cette attaque, les vagues allemandes ont été littéralement fauchées par les mitrailleuses françaises causant de très importantes pertes.

A 18 h, les Allemands parviennent tout de même à s'emparer d'un élément de tranchée au sud-est du fort de Douaumont.

A 19 h 30, ils se portent à l'attaque du village de Douaumont mais sont repoussés par 2 bataillons du 170e R.I.
A 20 h, revenant en force de tous les côtés, ils parviennent à prendre pied par l'est, le nord et le sud dans le village, en anéantissant 6 compagnies du 33e R.I.
Le village de Douaumont est dès lors perdu.

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3 mars - Tentative française pour reprendre le village de Douaumont
A minuit, le général Balfourier apprend la nouvelle de la perte du village de Douaumont. Il met aussitôt sur pied une contre-attaque visant à le reconquérir. 2 bataillons du 174e et 1 bataillon du 170e R.I. sont chargés de cette mission qui doit avoir lieu à 17 h 45.

A l'heure H, les 3 bataillons s'élancent et parviennent à reconquérir quelques positions dans le village. Les hommes creusent le sol pour consolider leur ligne.

A 20 h et à minuit, le 33e R.I. est attaqué entre le ravin du Calvaire et le village de Douaumont mais il parvient à repousser l'ennemi.

La nuit se passe sous un bombardement allemand très violent dans tout le secteur de Douaumont.

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4 mars - Tentative française pour reprendre le village de Douaumont
A 10 h, le bombardement s'arrête brusquement et l'ennemi attaque les positions reprises la veille dans village de Douaumont. Les 3 bataillons (170e et 174e R.I.) sont vite submergés d'autant plus qu'aucun renfort ne peut approcher du village en raison des tirs de barrage infranchissables qu'impose l'artillerie allemande.

A 11 h, la totalité des ruines du village sont perdues. Quelques survivants français parviennent à rejoindre les 2e lignes.

A 11 h 30, le G.Q.G. français envisage une fois de plus une riposte. 2 nouveaux bataillons du 170e R.I. se portent dans le ravin sud-ouest de Fleury.

A 15 h 30, ils se dirigent vers la ferme de Thiaumont. Cependant, pris sous un formidable tir de barrage, ils sont ralentis et n'arrivent qu'à la nuit à la ferme de Thiaumont. Ils viennent renforcer les débris des éléments déjà en place.

A 20 h, ils s'élancent à nouveau sur le village de Douaumont mais dés le début, l'attaque est enrayée en raison de la violence du feu des mitrailleuses allemandes.
Sur ordre du général Pétain, aucune autre attaque n'est mise sur pied et le village de Douaumont reste définitivement aux mains de l'ennemi.

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5 mars
" Journée calme ", comme le 1er mars.


Front au 5 mars 1916

Pétain prend les choses en mains !
Comme nous l'avons vu plus haut, le général Pétain à dés le 1er mars prit un certain nombre de mesures précises afin de rétablir techniquement la situation sur la Voie Sacrée, par laquelle se fait le ravitaillement de la bataille.

Il poursuit son travail en reconstituant les divisions et les brigades et en formant des " groupements de commandement ". Il entreprend les démarches permettant le réarmement des forts des 2 rives, crée des places d'armes, des dépôts, des cantonnements et trace de nouvelles voies d'accès.
De plus, il s'attaque avec ardeur et ténacité à la question " artillerie ". Il veut que le nombre des batteries sur le front de Verdun décuple et ne cesse de demander plus de canons au Q.G. de Chantilly. Il éduque également ses généraux sur sa vision de l'artillerie, afin qu'ils emplois leurs canons beaucoup plus, dans de meilleurs condition et avec beaucoup plus d'efficacité.


Pétain dans son bureau à Souilly

Témoignage du général Pétain : " Je ne cessais de stimuler l'activité de l'artillerie. Lorsque les agents de liaison des corps d'armée, venue au rapport quotidien de Souilly, m'exposaient par le menu les combats engagés sur leurs fronts respectifs, je ne manquais pas de leur couper la parole par cette interrogation :
- Qu'ont fait votre batterie ? Nous parlerons ensuite des autres détails.
Au début, les réponses étaient confuses… Mais comme je m'en irritais, ma préoccupation dominante se répercutait dans les états-majors intéressés, dont les comptes rendus marquèrent bientôt un sensible progrès. Notre artillerie, suivant mes directives, prenait l'offensive par des concentrations de feux qui étaient de véritables opérations, soigneusement préparées et qui, sans lui causer de pertes, en produisaient chez l'ennemi.
Je répétais constamment :
- Il faut que l'artillerie donne à l'infanterie l'impression qu'elle la soutient et qu'elle n'est pas dominée ! "

Cependant, malgré toute l'énergie déployée par Pétain, il doit faire face au Grand Q.G. qui rechigne à mobiliser de lourds moyens sur Verdun. La bataille de la Marne est en préparation et semble plus importante. Ce n'est qu'au compte goute que de nouvelles batteries sont envoyées.

Témoignage du commandant P... : " Comment peut-on dire qu'au six mars, l'équilibre des forces adverses en infanterie et en artillerie de campagne, sinon en artillerie lourde, est réalisé ? On savait à la 2e Armée que les effectifs allemands accumulés sur le front étaient formidables, mais, fidèle à la tactique qu'il dû instaurer pour cacher ses lourdes responsabilités, le G.Q.G. a toujours "nié Verdun". Si l'on avouait toute l'importance de l'attaque allemande sur Verdun, on devait, en toute justice, accepter aussi que ce n'était pas le général Herr qui devait être poursuivi. Il était beaucoup plus facile de déclarer que Verdun était une attaque comme les autres ; toutes les fois où un officier de l'état-major de la 2e Armée allait en liaison au G.Q.G., il trouvait au 3e bureau des petits rires goguenards "Ah ! tu vas encore essayer de nous faire croire à Verdun."
Un grand nombre de divisions allemandes en ligne à Verdun n'ont pu être identifiées au début de mars par "les moyens habituels" de renseignement, en bon français l'espionnage. Restaient les interrogatoires de prisonniers. Or, combien de prisonniers allemands avions-nous fait au 5 mars ? Et que savait un homme en première ligne, sur les troupes qui étaient derrière lui ?… "


Interrogatoire de prisonniers allemands

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Attaque allemande sur les deux rives

6 mars - Violents combats sur le Mort-Homme (rive gauche)
Rive droite de la Meuse
Violent bombardement sur tout le secteur. Les Allemands veulent empêcher les Français de contre-attaquer sur le village de Douaumont.
Dans l'après-midi, le bombardement prend une cadence extraordinaire. Il tombe au moins vingt projectiles par minute. Les hommes ne parvienent plus à distinguer les coups, leur tête et tout leur système nerveux est ébranlé. Ils perdent connaissance peu à peu, les nerfs cassés, arrivés à la limite de leur force. Cela fait six heures consécutives qu'ils sont soumis aux chocs, aux gaz de combat et aux vibrations continues.

Rive gauche
Bien que l'attaque allemande sur la rive gauche ne fut déclenchée qu'à partir du 6 mars, le secteur n'en ai pas resté calme pour autant.
Dès le 22 février, alors que débute le second jour de combat sur la rive droite, un terrible bombardement s'abat sur le Mort-Homme, le bois de Corbeaux et le bois de Cumières.

Témoignage de Léon GESTAS, sergent au 70e R.I.T. : " Au bois des Corbeaux, au début de mars, ça tombait de tous les côtés, on était tué sans même savoir d'où le coup était parti. Le bruit avait couru parmi nos hommes que le bombardement allemand durerait 100 heures et tous attendaient, avec une impatience mêlée d'anxiété, la fin de ces 100 heures. Mais les 100 heures passèrent et le bombardement, loin de diminuer, continuait toujours. Il devait continuer toute l'année. "

Le 24 février, un important groupe ennemi sort du bois des Forges et s'avance vers les positions françaises. Cependant, il n'hésite pas à regagner ses tranchées lorsque les 1ers tirs des Français débutent. Il s'agit à la fois de tester la défense française dans ce secteur et réaliser une manœuvre de diversion visant à perturber les Français qui sont engagés désespérément sur la rive droite.
Le 26 février, plusieurs abris français s'effondrent sur les pentes du Mort-Homme en raison du bombardement allemand. De jour en jour, les dégâts causés par les obus allemands s'aggravent. Cette augmentation de l'activité des Allemands dans le secteur présage une imminente offensive.
Au soir du 5 mars, le 7e Corps en position sur la rive gauche rendait compte à Pétain en ses termes : " Toute la position de résistance et la zone des batteries en arrière offre l'aspect d'une écumoire ; les trous empiètent les uns sur les autres ; les réseaux sur la contre-pente du Mort-Homme et de la Côte de l'Oie sont déchiquetés. "

Le 6 mars à 7 h, alors que le front présente déjà un aspect lunaire, un très violent bombardement allemand d'une puissance encore non égalée dans ce secteur s'abat sur les ouvrages de Béthincourt, de Forges, de Regnéville, sur les massifs du Mort-Homme et de la Côte de l'Oie.
A 10 h, alors que la neige tombe et qu'un épais brouillard enveloppe toute la ligne de front, l'ennemi s'élance à l'attaque. Il espère progresser rapidement comme cela l'a été le 21 février sur la rive droite, et en effet, il atteint rapidement le ruisseau des Forges et encercle le village du même nom. Les combats qui s'engagent sont très violents puis les Français cèdent peu à peu devant le flot ennemi.

Durant l'après-midi, les Allemands continuent leur marche et arrivent au nord-est de la Côte 265.

Au soir, les villages des Forges et Regnéville sont tombés ainsi que la Côte 265. De nombreux détachements français ont été faits prisonniers ou ont été anéantis, le 211e R.I. entre autre.

Le soir, le front français forme une nouvelle ligne reliant le bois des Corbeaux, le bois de Cumière et le village de Cumière. De nouveaux bataillons montent en urgence renforcer ces nouvelles positions.


Front au 6 mars 1916

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7 mars - Perte du village de Cumières et le bois des Corbeaux (rive gauche)
Rive droite

A 3 h, le 409e R.I. est attaqué et doit abandonner l'ouvrage d'Hardaumont. A 5 h, une contre-attaque permet de le reconquérir.

Durant la matinée, le 17e R.I. au sud-ouest et au sud du fort de Douaumont repousse 3 assauts.

Jusqu'à 15 h, le bombardement allemand est très violent sur l'ensemble du front, les pertes sont très lourdes du côté français.

A 15 h, le 409e R.I. subit une nouvelle attaque sur la croupe au nord de Vaux mais parvient à repousser l'ennemi. A 21 h, 23 h et 0 h 30, 3 retours offensifs allemands sont également mis en échec. Ils sont entrecoupés de violents bombardements qui causent de lourdes pertes dans les rangs du 409e.

De l'étang de Vaux aux pentes d'Hardaumont, le 21e R.I. subit un terrible bombardement.
Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :
" C'est le 7 mars, que le fort de Vaux commença d'être systématiquement bombardé. Durant 8 heures, sans arrêt, une averse de projectiles s'abattit sur le fort. Il y en avait de tous les calibres : du 77, du 105, à l'éclatement déchirant ; du 210, du 380, que les soldats avaient surnommé le "Nord-Sud"à cause du grondement strident de son sillage dans l'air ; peut-être du 420, car on en trouva un culot près du corps de garde le lendemain. Ces obus, à certains moments, tombaient à la cadence de 6 par minute. Il nous semblait vivre au milieu d'une effroyable tempête. "

A sud de Vaux, l'ennemi part à l'assaut du bois de Grand-Feuilla tenu par le 86e R.I.. Un violent corps à corps s'engage et se prolonge toute la nuit. Finalement, l'ennemi est repoussé mais les pertes qu'il a causé affaiblissent grandement le front du 86e.

Rive gauche
Vers 11 h, les Allemands débouchent entre Béthincours et Forges et escaladent les pentes de la Côte de l'Oie pour se porter sur le village de Cumières et le bois des Corbeaux. Ils espérent ensuite longer la vallée de la Meuse par Cumière et pouvoir ainsi aborder le Mort-Homme par l'est.

Cumières et le bois des Corbeaux sont défendus par les 211e et 259e R.I. Rappidement, les 2 régiments sont submergés mais ils se battent avec courage. En fin d'après-midi, les 2 régiments sont littéralement anéantis.
Le village et le bois sont perdus mais cependant, les débris du 214e R.I. empêchent l'ennemi de sortir du village.

Le bombardement allemand s'abat maintenant sur le secteur de Regnèville et Chattancourt.
Béthincourt est violemment pilonné toute la journée et toute la nuit.


Front au 7 mars 1916

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8 mars - Reprise des 2/3 du bois des Corbeaux (rive gauche) - Perte de la moitié du village de Vaux (rive droite)
Rive droite

Au matin, le front allant des bois Albain et Chaufour, jusqu'à l'étang de Vaux est tenu par toute la 13e D.I. (20e et 21e B.C.P., 17e, 21e et 109e R.I.)

Sur la position du 17e R.I., les obus laissent la place aux torpilles et aux Minenwefers qui font des ravages dans les tranchées.

L'artillerie de tranchée (Accessible également dans la partie Thèmes)

A l'issue du bombardement, l'ennemi lance une puissante attaque avec jets de liquide enflammé.
A 11 h, les survivants du 17e parviennent à enrayer puis à repousser l'assaut allemand.

Aussitôt après, l'ennemi porte son attaque au sud-est du fort de Douaumont sur les positions tenues par le 100e R.I. A midi, le front français est enfoncé et l'ennemi pénètre dans le ravin de la Caillette.

Sur la gauche, une brèche est également ouverte à travers le 109e R.I. L'ennemi risque ainsi de prendre à revers le 1er bataillon du 17e R.I. et il est urgent de la refermer. Les 11e et 12e compagnies du 17e alors en soutien se portent en urgence au devant de l'ennemi.
A 13 h, après un combat acharné, la brèche ouverte une heure auparavant est refermée et mieux encore, l'ennemi a été chassé du ravin de la Caillette.
Par cette furieuse contre-attaque et le courage dont elle a fait preuve, la 11e compagnie du 17e R.I. a gagné le surnom de " Compagnie des Lions ".

Sur le front du 21e R.I., au nord de l'étang de Vaux (sur les pentes d'Hardaumont), le bombardement allemand a duré toute la matinée. A 11 h, l'ennemi attaque enfin.
Jusqu'à 12 h 45, les vagues sont repoussées à 3 reprises et ne parviennent pas à percer la défense française.

Dans le secteur du village de Vaux, tenue par les 408e et 409e R.I. le pilonage dure depuis 10 h du matin.
Témoignage de A. ROUSSEAU : " A Vaux, sous les obus. Pour nous donner du courage, nous regardons dans le bois, à côté, une batterie d'artillerie à découvert, qui tire à toute volée et dont les hommes qui ne peuvent avoir notre mobilité, attendent en accomplissant leur devoir, la mort sur place. "

Dans l'après-midi, les éléments des 408e et 409e R.I. repoussent pas moins de 12 assauts allemands.
Une 13e attaque allemande est lancée sur le village, mais cette fois, trop affaibli, le 409e doit abandonner une partie du village. La 1ère compagnie du 409e est anéantie, à la 2ème, il ne reste que 8 hommes. Le soir, le 2e bataillon ne compte plus que 2 officiers et 137 hommes.
Témoignage de R. : " L'extrême fatigue, le manque prolongé de sommeil, la continuelle tension nerveuse, engendrent quelques cas de folie et de nombreux cas d'exaltation et de demi folie.
Je rends compte à mon lieutenant que nous avons fait un Allemand prisonnier et le lieutenant me répond, en colère : "C'est honteux, vous serez puni." Puis il se met à pleurer et il me demande pardon, disant qu'il n'en pouvait plus de fatigue, qu'il n'avait pas dormi depuis quatre jours.
Quand je dis au sergent que trois hommes de l'escouade sont ensevelis dans l'abri, il répond en riant : "Très bien, très bien, ça vous fera du rab de pinard. " Quand je lui ai répété le lendemain ce qu'il avait dit, il ne voulait pas me croire. "

Au ruisseau de Tavannes (dans le secteur de Damloup), la lutte débutée la veille sur le front du 86e R.I. et qui s'est poursuivie toute la nuit, reprend avec acharnement.
Devant la supériorité numérique de l'ennemi et les pertes qu'il a subie, le 86e doit abandonner le Grand Feuilla et se retirer à l'ouest de la route Eix-Damloup.

Pendant cette journée, les pertes françaises mais aussi allemandes ont été énormes.
Quand la nuit tombe, le massif d'Hardaumont, la moitié du village de Vaux, le Grand Feuilla et l'entrée du ravin de la Horgne ont été perdus. Pétain est contraint malgrés lui à puisser dans ses précieuses réserves et à mettre 2 nouvelles divisions à la disposition du général Maistre.

La nuit, la neige tombe. Elle est la bienvenue car elle permet aux combattants d'apaiser enfin leur soif intense.

Rive gauche
A 7 h, alors qu'il fait encore nuit noire, 2 bataillons du 92e R.I., commandés par le lieutenand-colonel Macker, se lancent à la contre-attaque du bois des Corbeaux. Chaque homme a reçu la bénédiction suprême par l'abbé du régiment peu avant l'heure H.
Dans ce secteur, il n'existe plus de tranchée ni de boyau, tout a été détruit et labouré par le bombardement. C'est donc totalement à découvert que les hommes doivent parcourir les 400 m qui les séparent des positions allemandes, sur un versant face à l'ennemi et martelé par un violent tir de barrage.
Les obus et les balles allemands font de grandes brèches dans les rangs français mais ils poursuivent courageusement leur progression. Les 100 derniers mètres se font au pas de charge.
A midi, après une matinée de violents combats, la lisière du bois des Corbeaux est dépassée puis reprise. Au soir, les 2/3 du bois sont de nouveau français. Une contre-attaque allemande est ensuite repoussée durant la nuit.

Le 92e R.I. aura perdu dans la journée une 100e d'hommes et 10 officiers.

Ce même jour, 2 autres assauts allemands sont repoussés, sur les pentes du Mort-Homme et sur les avancées du village de Béthincourt.


Front au 8 mars 1916

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9 mars - Pression allemande sur les 2 rives
Rive droite

Dès 7 h, le bombardement allemand reprend avec la même force que la veille.

A midi, l'ennemi attaque sur un large front.

Dans les secteurs d'Haudraumont et du bois Albain, les 153e et 201e R.I. tiennent bon malgré de sérieuses pertes.

A leur gauche, le 21e B.C.P. est écrasé puis submergé. Les survivants trop éprouvés par le bombardement qu'ils viennent de subir ne sont plus en état de combattre.

Sur le front du 17e R.I. (sud et sud-ouest du fort de Vaux), l'ennemi part à 3 reprises à l'assaut mais le tir de barrage français qui est d'une densité et d'une précision terribles le contraint à retourner dans ses lignes. Durant ces 2 jours, le 17e a eu 125 tués et 360 blessés mais des 100e de cadavres allemands gisent devant ses tranchées.

Sur le front des 86e, 109e, 408e et 409e plusieurs assauts allemands sont repoussés.

Devant le fort de Vaux, plusieurs bataillons allemands sont parvenus à s'infiltrer en avant des réseaux de barbelés. Les attaquants sont renvoyés dans leurs positions sans ménagement. Le fort est alors occupé par la 8e et 10e compagnie du 71e régiment de Territoriale, commandées par le lieutenant Albert Chérel.
Témoignage du lieutenant Albert CHEREL :
" Le 9 au matin; un grand cri: "Les Allemands !" L'ennemi, en colonnes, aborde les fils de fer du fort. Chaque fraction de la compagnie, conduite par son chef, gagne le poste de combat qui lui à été désigné d'avance.
Les Allemands, apparemment, avaient cru le fort vide de défenseurs. Notre feu calme et bien ajusté et le tir fauchant des mitrailleuses eurent tôt fait d'en abattre un centaine. les reste de ceux que nous avions vue en nombre à peu près égal se terra. Deux ou trois petites boules blanches très lumineuses jaillirent du rebord de la crête où ils s'étaient enfouis. Et leur artillerie se remit à arroser le fort et ses alentours."

L'officier allemand qui commandait cette attaque avait déjà envoyé un communiqué disant que le fort était pris. Il se trompait de plusieurs mois.

Dans l'après midi, le 149e R.I. et les 20e et 21e B.C.P. parviennent à reconquérir une partie du village de Vaux.

Témoignage de Julien SANDRIN, sergent au 11e Génie : " Dans les attaques de Vaux, en mars, j'ai vu un lieutenant de chasseurs qui, le bras gauche broyé par un éclat d'obus, continuait à se battre avec sa main valide.
Un mitrailleur a le ventre ouvert; il accourt ici avec ses pauvres mains crispées sur ses intestins qui s'échappent.
L'autre m'arrive, la tête bandée de son pansement individuel, soutenu par un camarade. Je le fais asseoir devant moi, sur la petite caisse, mais il a l'air quasi endormi et ne s'aide pas du tout, laissant sa tête brimbaler de droite et de gauche. Je suis pressé et, sentant les autres qui attendent, je lui demande de se mieux prêter au pansement. Mais lui ne cesse de répéter inlassablement : "Oh ! laissez-moi dormir, laissez-moi dormir".
J'enlève la bande qui lui entoure la tête et alors, la chose horrible m'apparaît: toute la moitié de son cerveau, son hémisphère droit tout entier glisse en dehors de son crâne béant et j'éprouve cette sensation terrible de recevoir dans ma main gauche toute la matière cérébrale de ce malheureux qui, la boite crânienne défoncée et vidée en partie de son contenu, continue de me répéter son leitmotiv : "Laissez-moi dormir". .

Alors je lui dis: "Oui, mon vieux, va, on va te laisser dormir". Et je vide ma main de son contenu que je remets à sa place, maintenant le tout avec des compresses et une bande... avec quelles précautions et quelle angoisse !... "Va dormir, va, mon vieux".
Soutenu sous chaque bras, ce mort vivant fait quelques pas, s'étend dans un coin. Une piqûre de morphine, une couverture et le sommeil, pour toujours. "


Au soir, le 27e D.I. (52e, 75e, 140e et 415e R.I.) monte en ligne sur Bevaux. Le 409e R.I. quitte enfin le front, il a perdu 34 officiers et 1 479 hommes.

Rive gauche
L'ennemi poursuit sa marche en avant. Il progresse entre le village de Béthincourt et le bois des Corbeaux. Il occupe les tranchées entre le ruisseau des Forges et le Mort-Homme et atteint le boyau Béthincourt-Mort-Homme.

Cependant, il ne peut pas pénétrer dans le village de Béthincourt tenu par le 49e R.I.T. et dans le bois des Corbeaux.

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10 mars - Pression allemande sur les 2 rives - Perte définitive des bois des Corbeaux et de Cumières (rive gauche)
Rive droite
Vers 7 h et 8 h 30, au nord de l'étang de Vaux (21e R.I.), 2 assauts allemands sont repoussés par les combattants français. Lors de ces combats, plusieurs hommes sont devenus fous.
Devant le fort de Vaux, de nombreux bataillons allemands sont arrêtés par le 38e R.I.

A 15 h, au sud-ouest et sud du fort, l'attaque reprend sur le front du 17e R.I. Les vagues successives de l'ennemi viennent se briser devant les mitrailleuses françaises.

Le 408e R.I. parvient lui aussi à enrayer une attaque allemande mais il a atteint le bout de ses forces. Il est relevé dans la soirée, il a perdu en tués, blessés ou disparus, 26 officiers et 1009 hommes.

Dans la nuit, la 42e D.I. (8e et 16e B.C.P., 94e, 151e et 162e R.I.) relève les restes de la 39e dans le secteur de Froideterre-Thiaumont.
Au retour d'une relève de tranchée, les compagnies étaient en général en repos pendant une semaine. Les deux premiers jours, les gradés laissaient un peu les hommes en paix. Ils étaient libres de dormir à volonté, se décrotter, se nettoyer, jouer aux cartes, écrire et prendre une bonne cuite, ce qui était excessivement fréquent, et dans bien des cas, salutaire et efficace comme lavage de cerveau. Ces pauvres gars oubliaient ce qui s'était passé, et ils oubliaient aussi que peut être, dans une semaine, il faudrait qu'ils remontent.
Ensuite, dés le troisième jour, les exercices et les corvées reprenaient.

 

Joffre rend visite à Pétain !
Dans la matinée, le général Joffre vient rendre visite au commandant de la IIe Armée dans sa mairie à Souilly.


Pétain et Joffre à Souilly

Bien qu'il ne jure que part "sa grande offensive sur la Somme", les événements qui se déroulent à Verdun l'inquiète. Le général Pétain lui réclame sans cesse de nouvelles pièces d'artillerie qu'il souhaiterait voir conservées pour son attaque sur la Somme, en pleine étude.
Témoignage du commandant P... : " Pour le G.Q.G., l'attaque de Verdun par les Allemands avait le tort considérable de constituer un obstacle à la préparation de notre propre attaque sur la Somme :
- Comment pouvons-nous songer à faire la Somme, si nous usons toutes nos divisions à Verdun. C'est la Somme qui dégagera Verdun, disait le G.Q.G.
A quoi ripostait le IIe Armée :
- Il est surtout pressant d'empêcher Verdun de tomber. A quoi bon faire la Somme si vous avez perdu Verdun ? "

Après une journée d'entretient avec Pétain, Joffre promettait de faire son possible pour alimanter Verdun en canons, et rédigeait le premier ordre du jour historique de la bataille.
Ordre du jour pour la journée du 11 mars : " Soldats de l'armée de Verdun ! Depuis trois semaines, vous subissez le plus formidable assaut que m'ennemi ait encore tenté contre nous. L'Allemagne escomptait le succès de cet effort qu'elle croyait irrésistible et auquel elle avait consacré ses meilleures troupes et sa plus puissante artillerie. Elle espérait que la prise de Verdun raffermirait le courage de ses alliés et convaincrait les pays neutres de la supériorité allemande. Elle avait compté sans vous.
Nuit et jour, malgré un bombardement sans précèdent, vous avez résisté à toutes les attaques et maintenu vos positions. La lutte n'est pas encore terminée car les Allemands ont besoin d'une victoire. Vous saurez leur arracher. Nous avons des munitions en abondance et de nombreuses réserves. Mais vous avez surtout votre indomptable courage et votre foi dans la République. Le pays a les yeux sur vous.
Vous serez de ceux dont on dira : " Ils ont barré aux Allemands la route de Verdun ! " "

Rive gauche
La bataille reprend au bois des Corbeaux, à Cumières et au Mort-Homme.

A 6 h, une attaque française menée par des éléments des 92e et 139e R.I. parvient à s'emparer en une demi heure du bois des Corbeaux tout entier.
En même temps, un régiment allemand s'empare de la totalité du bois de Cumières malgré la résistance désespérée des éléments restants des 92e et 139e R.I.

Dès 8 h, l'ennemi contre-attaque en force le bois qu'il vient de perdre. Jusqu'à midi, tous les assauts sont successivement repoussés. Mais petit à petit, les officiers et les hommes tombent. Privés de munitions, l'étau se resserrant indéniablement, le bois des Corbeaux à peine conquis doit être évacué en début d'après-midi.

A la fin de la journée, les bois des Corbeaux et de Cumières sont définitivement perdus. L'ennemi s'installe sur les pentes du Mort-Homme. Le 92e et le 139e R.I. ont subi de très lourdes pertes.


Front au 10 mars 1916 (le même que le 7 mars)

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11 mars
Rive droite

La journée est passée à organiser la défense de Froideterre en creusant de nouvelles tranchées et en réparant les liaisons.
Témoignage de Emile CARTIER, téléphoniste au 127e R.I. : " Un téléphoniste doit avoir de nombreux et très visibles points de repère où il peut se reconnaître la nuit. Son salut dépend souvent de la rapidité des réparations.
Les lignes téléphoniques sont coupées par les obus 5 ou 6 fois par jour et autant la nuit. Nous bondissons de trou d'obus en trou d'obus avec notre rouleau de fils et l'appareil qui nous sert à délimiter les cassures. Notre baïonnette nous sert de piquet de terre. Nous sommes encore en hiver et la neige tombe en abondance, mais nous rentrons souvent baignés de sueur dans notre poste de Bras. "

Vers 19 h, l'ennemi s'empare d'une ligne de tranchées sur la route de Verdun à Etain. Une contre-attaque française échoue ensuite en tentant de la reconquérir.

La nuit, " il neige, le vent souffle. Comme les blessés abandonnés doivent avoir froid ! " (Jean Desmond).

Rive gauche
Toutes les contre-attaques françaises échouent : au petit matin sur le bois de Cumières ; à 11 h sur les bois des Corbeaux et de Cumières ; à 17 h entre le Mort-Homme et le ruisseau des Forges ; à 1 h 30 sur les bois des Corbeaux et de Cumières.
Seul le boyau Béthincourt-Mort-Homme est repris à l'ennemi.


Départ d'une contre-attaque française

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12 mars
Rive droite

Vers 4 h, une attaque allemande à la grenade est lancée sur la cote du Poivre mais les troupes françaises parviennent à la repousser. Un violent bombardement s'en suit qui dure toute la journée.

Rive gauche
Aucune offensive Allemande mais de violents bombardements sur le Mort-Homme, les villages de Chattancourt et de Cumières, le bois Bourus et la cote 271.

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13 mars
Rive droite et gauche

Violents bombardements allemands et français sur tous les secteurs…

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14 mars - Pression allemande sur le Mort-Homme (rive gauche)
Rive droite
Au bois Chaufour, 2 compagnies allemandes se lancent à l'assaut des positions françaises. Tous les assaillants sont abattus avant de l'atteindre.

Sur les autres secteurs, le bombardement allemand continuel fait de nombreuses victimes.
Témoignage du soldat E. BARRIAU :
" Nous montons au bois de la Caillette. Détail poignant, je ne serais pas capable de dire quelle unité nous avons relevée, car je n'ai vu d'hommes vivants que ceux de ma compagnie. C'est à Verdun qu'on relève les morts. "


Rive gauche
Dans la nuit puis dans la matinée, de nombreux obus asphyxiants et incendiaires sont lancés sur les lignes françaises.

Vers 15 h 15, l'ennemi attaque sur le Mort-Homme. Après un 1er échec, il revient à l'assaut et s'empare de la cote 265 et de boyau du Mort-Homme (16e et 98e R.I.). Les pertes sont très élevées des 2 côtés.

Par cette avance, l'ennemi avance très près du sommet du Mort-Homme.

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15 mars
Rive droite
Les 2 adversaires s'observent mutuellement sur les pentes du fort de Vaux. Plusieurs escarmouches à la grenade sont signalées mais dans l'ensemble, le front reste assez calme.

Rive gauche
A 1 h du matin, le 3e bataillon du 16e R.I. part à la contre-attaque entre la cote 265 et le village de Béthincourt. Sur la gauche, l'attaque est un succès, les Allemands se replient et le terrain est repris.
Témoignage de Robert GILLET, soldat au 16e R.I. :
" Une anecdote que je tiens de l'aumônier divisionnaire Lestrade et qui peint l'âme du poilu français. Lestrade avait, selon son habitude, accompagné de près nos vagues d'assaut avec sa vaillance accoutumée. En parcourant les tranchées conquises, il trouve dans un abri plusieurs soldats français en compagnie de plusieurs soldats allemands. Les Français ont ouvert leurs musettes et en ont partagé fraternellement le contenu avec leurs prisonniers. Tous mangent d'un bon appétit, on dirait une pension de famille. "

A droite, le bataillon ne parvient pas à progresser et doit reculer en laissant de nombreux morts.

Le reste de la journée est passé sous un violent bombardement allemand.

 

Le 15 mars au soir, le commandement allemand doit se rendre à l'évidence, sa tentative de percer éclair sur la rive gauche se solde elle aussi par un échec.
En 10 jours, bien qu'elles aient fait subir à l'armée française de terribles pertes, les troupes allemandes n'ont progressé que d'environ 2 km sur un front large de 6. La côte de l'Oie, le bois des Corbeaux et le village de Cumières ont été pris mais les fantassins se heurtent à présent à une forte résistance au Mort-homme.
Témoignage du Colonel Marchal :
" Vers le 16 mars, les Allemands s'aperçoivent qu'ils ne leur suffit pas de prendre le Mort-Homme, car la possession de celui-ci sera précaire, tant que les Français tiendront la cote 304, qui flanque très bien le Mort-Homme et ses arrières.
Ils décident donc d'enlever l'ensemble Mort-Homme-Cote 304 et, pour le faire facilement, pour conquérir une base de départ favorable à portée de ces deux sommets, de la cote 304 en particulier, ils prépareront une grande attaque enveloppante par la droite (ouest de la côte 304), consistant à s'emparer de toute la crête qui s'étend jusqu'à la corne sud du bois d'Avocourt.
Ce sera le but de leurs efforts entre le 20 mars et les premiers jours d'avril. "

En ce qui concerne la rive droite, la progression allemande est également stoppée devant le fort et le village de Vaux. Une tentative d'attaque du fort le 9 mars c'est soldée par un échec, et seulement quelques maisons à la lisière du village ont pu être difficilement conquises.
Témoignage du Colonel Marchal : " Il faudra aux Allemands tout le mois de mars pour enlever le village, maison par maison. Les Français feront plusieurs contre-attaques pour tenter de la reprendre.
A la suite de la plus meurtrière, le 30 mars, ils seront rejetés sur l'étang de Vaux et ils s'installeront solidement sur la digue de l'étang qui forme barrière à l'est de celui-ci.
Les Allemands tenterons vainement de tourner cet obstacle par la droite, c'est-à-dire par le ravin de la Fausse-Côte. Pendant de longues semaines, tous leurs efforts dans cette région demeureront vains. "


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16 mars - Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
Au village de Vaux, dont la moitié est tenue par les Allemands et l'autre moitié par les 158e R.I. et 17e B.C.P. Français, s'abattent durant la journée pas moins de 10 000 obus de tous calibres.

Le 17e B.C.P reçoit l'ordre de contre-attaquer et de reconquérir entièrement le village. Cependant, le bombardement allemand est si violent que 1/3 des effectifs sont tués avant de s'élancer.

A 20 h 55 et à minuit, 2 attaques allemandes sont repoussées par les 1er et 3e bataillons du 158e.
Depuis le 10 mars, les pertes de ce régiment s'élèvent à 20 officiers et 618 hommes.

Rive gauche
Au ravin des Forges et au sud du village de Forges, des concentrations ennemies sont observées. Cela semble présager une attaque imminente. Le général Debeney ordonne un bombardement intense de ces positions. L'attaque allemande n'a pas lieu.

Dans la nuit, la 40e D.I. (150e, 154e, 155e et 161e R.I.) commence à relever la 25e.

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17 mars - Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
R.A.S

Rive gauche
Dans l'après-midi, l'ennemi attaque au sud de la cote 295 mais ne parvient pas à percer.

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18 mars
Rive droite
Durant la matinée, le 109e R.I. repousse à 2 reprises les assauts de l'ennemi.

A 12 h 30, le 140e R.I., en ligne de l'étang de Vaux à la redoute de Douaumont repousse également une forte attaque.

Rive gauche
A 13 h, le 1er Zouave part à l'attaque au sud-ouest du bois de Cumières et parvient à s'emparer de la lisière du bois.
T
émoignage du capitaine Paul FLAMANT : " Avant l'attaque, je vois un petit gars, indifférent en apparence, aligner tranquillement des cartouches à portée de sa main et approvisionner son magasin en sifflant la Marseillaise, avec une sorte de ferveur sacrée !… comme d'autres prieraient tout bas pour se donner du courage. "

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19 mars
Rive droite
Le 17e B.C.P. et 2 compagnies du 159e R.I. reçoivent l'ordre d'attaquer à nouveau le village de Vaux. Après un violent affrontement, ils ne parviennent qu'à s'emparer de 2 lignes ennemies mais font de nombreux prisonniers.


Colonne de prisonniers allemands

Rive gauche
R.A.S.

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20 mars - Pression allemande en direction de la côte 304 - Perte du bois de Malancourt (rive gauche)
Rive droite
Violent bombardement sur les Eparges, le reste du front est assez calme.

Rive gauche
A 7 h, un violent bombardement allemand s'abat pour la 1ère fois sur le bois de Malancourt où les 111e, 258e et 272e R.I. sont en ligne. Ces unités sont en position dans ce bois depuis longtemps et s'y croient en sécurité, massées derrière de profonds réseaux de fil de fer.
Ce violent bombardement sème néanmoins la confusion dans les éléments des 111e et 258e R.I.

A 14 h 30, les vagues allemandes débouchent devant le bois et percent les lignes françaises sans grandes difficultés ! Il semblerait que certaines troupes françaises se soient délibérément rendues à l'ennemi.
Témoignage du Colonel Marchal : "Les éléments de première ligne manquèrent de vigilance et il semble prouvé aussi qu'ils renfermaient certains éléments douteux, peu désireux de se battre, et qui entretenaient des intelligences avec l'ennemi. On ne sait pas trop ce qui se passa exactement. Tout se fit sans beaucoup de bruit. "

Les Allemands s'emparent donc de la partie centrale du bois puis se rabattent à droite et à gauche afin de s'étendre et poursuivre leur progression. Rapidement, le P.C. de commandement au sud du bois est encerclé et presque toute la brigade et faite prisonnière.
Seul un petit ouvrage nommé la Redoute d'Avocourt à l'extrémité sud-est du bois, semble montrer plus de résistance. D'abord prit par les Allemands, il est rapidement repris par une courageuse contre-attaque. Dés lors, toutes les tentatives allemandes vont successivement se briser et cet ouvrage formera durant quelques jours l'extrémité ouest de la bataille sur la rive gauche.

Au soir, la situation françaises est tragique, le bois est pratiquement perdu et environ 2500 soldats Français ont été fait prisonnièrs. Les Allemands se sont rendu maître de positions qui enveloppent le saillant français, village de Malancourt-village de Haucourt-côte 304.

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21 mars - Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
Journée " assez calme "

Rive gauche
Toute la nuit, le canon français pilonne avec force le bois de Malancourt qui a été perdu la veille.

A 4 h 30, les troupes françaises (3e, 105e, 111e, 121e, 139e, 141e et 258e R.I) s'élancent sur le bois mais la progression est très difficile et les positions restent inchangées.

Dans le secteur des villages de Haucourt et de Malancourt, le bombardement allemand est intense.
Vers 12 h 45, il s'amplifie.
A 15 h 30, il se concentre sur Haucourt.
A 18 h, l'ennemi part à l'attaque et s'empare sans grandes difficultés de l'observatoire. Cependant, il ne peut progresser plus avant, stoppé par le tir de barrage français.

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22 mars - Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
Le 226e R.I. en ligne au ravin de la Caillette repousse une attaque qui a été précédée d'un violent bombardement.

Rive gauche
Le bombardement allemand reprend avec force. Vers midi, l'ennemi attaque les ouvrages de Vaucluse et du mamelon d'Haucourt. La résistance françasie est acharnée mais vers 16 h, les survivants sont submergés et anéantis. Lors de ces combats, quand les munitions ont été épuisées, des combattants français se sont défendus au corps à corps avec leurs pelles, leurs pioches et leurs couteaux de poche…

En fin de journée, l'ouvrage R2 à l'ouest du bois Camard tombe également aux mains de l'ennemi.

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23 mars - Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite
R.A.S.

Rive gauche
Le 3e R.I. contre-attaque sur le village d'Haucourt et parvient à reprendre pied sur le mamelon à l'est d'Haucourt.

Tard dans la nuit, l'ouvrage R2 est reconquis par une compagnie du 163e R.I.

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Du 24 au 28 mars - Pression allemande en direction de la côte 304 (rive gauche)
Rive droite et rive gauche

Bombardement infernal sur tous les secteurs.

Dans l'après-midi du 28, un important groupe ennemi parvient à s'infiltrer dans plusieurs maisons du village de Malancourt (Rive gauche). A la tombée de la nuit, le groupe part à l'assaut et parvient à s'emparer de l'ouvrage Braconnot ainsi que du réduit de Malancourt. Par cette manœuvre, il coupe toutes les communications du 163e vers l'arrière. Les éléments du 163e R.I. encerclés se défendent toute la nuit mais succombent sous le nombre.

Le soir, 4 bataillons (2 du 157e et 2 du 210e) et quelques éléments du génie reçoivent la mission de reprendre le réduit d'Avocourt. Ils partent de la forêt de Hesse vers leur base de départ et marchent toute la nuit.


Troupes qui cantonnent dans les bois autour de Verdun, avant de partir pour le front

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29 mars
Rive droite
Deux vagues allemandes se lancent à l'attaque face au bois de Morchée tenu par le 360e R.I. Accueillis par un feu nourri, les assaillants se terrent dans les trous d'obus.

Rive gauche
A 4 h 25, les 4 régiments partis la veille au soir (157e et 210e) s'élancent dans le réduit d'Avocourt et parviennent à le reprendre en ¼ d'heure. La surprise des Allemands a été totale.
Le 157e tente ensuite de poursuivre son élan et dépasser l'objectif mais il est contraint à reculer après un violent combat à la grenade.

Jusqu'au soir, l'ennemi tente à 5 reprises de reconquérir le terrain qu'il vient de perdre mais n'y parvient pas.

Le butin français a été important : des prisonniers, de nombreuses mitrailleuses, des canons de tranchées et, chose qui frappe les soldats français et en dit long sur l'organisation allemande, une vache et 2 cochons.

Durant la journée et la nuit, la 11e D.I. (26e, 34e, 69e et 79e R.I.) relève les restes de la 76e (157e, 163e, 210e et 227e R.I.) à l'est du boyau de la Garoupe.
La 22e D.I. (19e, 62e, 116e et 118e R.I.) relève la 42e (8e et 16e B.C.P., 94e, 151e et 162e R.I.) du bois d'Haudraucourt à la ferme de Thiaumont.

Afin de mieux se représenter l'état du front et les conditions de combat en cette fin de mars sur la rive gauche de la Meuse, voici le récit du caporal-mitrailleur BLAISE du 26e R.I. qui monta en ligne du 29 mars et fut évacué de 8 avril :
" Arrivée vers le ravin du bois Camard, notre section se porte le 29 mars, avec la 3e compagnie, entre le chemin de Malancourt et le bois de Montfaucon, côte 287. Là, la relève est facile à faire, il n'y a presque rien à relever, et je suis désigné pour couvrir en avant le redan qui va être organisé. A tout hasard, un sergent m'emmène avec juste l'équipe normale et cinq caisses de cartouches vers la sortie du ravin du ruisseau de Forges.
On nous a dit qu'une brigade défaillante avait tenu ce secteur, mais les nombreux cadavres entassés là me laissent croire que cette brigade n'a pas manqué d'excuses.

Cette nuit passe vite et sans incident. Tout le jour suivant, le casque barbouillé de boue, sans gestes rapides, j'observe le terrain. Nous dominons trois lignes allemandes sur les pentes du bois. Les Boches, assis sur leurs parapets, semblent admirer derrière nous le tir de leur artillerie.

La deuxième nuit, vers 9h1/2, ils semblent se mouvoir vers nous. J'alerte mes trois camarades et la pièce braquée, le mousqueton armé, j'attends l'attaque, mais rien. Sans aucun ravitaillement depuis deux jours, rien de chaud au corps, je suis privé d'eau pour ma bouche, non guérie d'une ancienne blessure et qui s'infecte. La dysenterie me prend et il faut avoir vécu des jours entiers, assis ou debout dans un trou humide au milieu d'odeurs épouvantables, pour savoir ce qu'est la vie d'un soldat perdu entre les lignes de Verdun.

A la tombée de la nuit, j'envoie mon chargeur Jacquier au ravitaillement avec ce mot : "1° Malade ; si pas ravitaillé, me relève d'office ; 2° J'observe que les Allemands travaillent tous les soirs de 22 heures à 4 heures, parallèlement au ravin à contre-pente et sur environ 400 mètres de longueur. Signé : Blaise, pièce 3 836. "

A 11 heures, Jacquier revient avec des macaronis froids, de la viande sauce au vin, et, comme boisson, du vin et de l'eau. A 1 heure du matin, je me rends compte que mon mot a déjà porté ; voilà que tout à coup un déluge de 75 et de 105 prend d'enfilade le ravin et même notre secteur. Nous nous jetons dans nos trous et jusqu'au matin nous entendons les blessés allemands qu'on transporte et qui hurlent.

Depuis quatre jours, nous sommes enfouis dans nos trous. Nous utilisons une boîte de sardines pour verser lentement nos excréments en dehors des trous. Je sens ma résistance diminuer, mais je ne songe pas à quitter mes camarades ; du reste, ce n'est pas le moment. A la nuit Jacquier, ce brave qui devait être tué le 7 retourne au redan, et rapporte la soupe ainsi que l'ordre de rentrer avant le jour avec notre matériel. Nous ramassons-le tout sans incident et quittons ce sinistre lieu, chargés comme des mulets, les jambes raides d'inaction. Il fait noir encore ; les trous de toutes grosseurs se touchent, il faut attendre la chute des fusées pour s'aventurer dans ce chaos ; nous mettons une heure pour faire 350 mètres environ et en arrivant devant le réseau, il nous faut crier et jurer pour nous faire reconnaître car nous sommes salués par les rafales de nos mitrailleuses ; la consigne est sans pitié. Arrivé près de la deuxième pièce en position, j'ai à peine posé caisse et paquetage que je suis pris de défaillance. Mon collègue et frère d'armes Boittiaux, chef de la 2e pièce, me ranime avec un peu de mirabelles qu'il sort d'un colis parvenu la veille à mon adresse, puis, allongé dans mon petit abri, j'éprouve un grand soulagement pour mes pauvres jambes quatre jours repliées.

Nous sommes le 5 avril. A 9 heures du matin, commence le terrible pilonnage ; sans arrêt, jusqu'au 7, à 5 heures du soir, ce sera un volcan de terre et de feu qui s'abattra sur les occupants, réduits à environ 40 hommes sur 200. Durant ce déluge, rampant à gauche, à droite, et parfois bien en avant des fils de fer détruits, j'ai pu déterrer, trop tard souvent, des camarades meurtris et même étouffés sous le parapet. A mon tour, je suis enterré et déterré par les camarades.

Le 7, toujours même vie affreuse. Je vais en avant à plus de 200 mètres à travers la boue, pétrie par endroits de chair verdâtre. J'écume de la bouche comme un chien. Vers 17 heures, tout à coup, le pilonnage se porte sur nos derrières et dans l'immense soulagement que procure cette surprise et aux cris de "les Boches !" tous ces hommes, vrais démons, se jettent sur le reste des parapets, prêts au dernier sacrifice. Il n'y a plus de pensées pour personne. A 200 mètres, les Boches, en colonnes pressées, avancent en suivant les replis du terrain. Ma pièce est détruite, celle de gauche crache ; les grenades sont avancées par le lieutenant Sauvageot ; le capitaine Bernage, blessé, un fusil en main, hurle et outrage l'ennemi. Les hommes en font autant. Saisis par une semblable résistance, leur première vague et leurs lance-flammes abattus, les Boches hésitent et garnissent les trous. Cependant, ils ont des chefs de valeur car, à trois reprises différentes, peu suivis des hommes, plusieurs de ces chefs se font abattre à bout portant.

Vers 17h30, sur la droite, les Boches progressent et nous organisons un barrage de sacs et de matériaux. C'est là qu'une énorme explosion me laisse sans connaissance, à moitié enterré, près de mon brave Jacquier, tué. A gauche, Boittiaux, chef de la 2e pièce, ayant eu deux tireurs hors de combat, avait sauté sur la pièce pour la servir, mais avait été tué d'une balle en pleine tête. Je revois encore ce brave petit gars du Nord tombé à la renverse, le casque plein de cervelle. Je voudrais que les siens à Lille sachent comment il est mort et quelle affection nous avions l'un pour l'autre, nous les deux chefs de pièces, tous les deux gueules cassées car, comme moi, il avait une forte balafre par balle à la joue droite.

Amené au P.C. du bois Camard, je pars au petit jour, en me traînant, en direction d'Esnes. Je fus évacué sur Château-Chinon, à l'air pur et calme du Morvan, du sang plein les yeux, les reins malades, la face blême, les cheveux blancs. Je me remis au bout d'un mois de soins et revins à mon dépôt, à Mâcon, mais je garde toujours des traces d'irritabilité, et, à quarante ans, je suis un vieillard. "

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30 mars - Abandon par les Français du village de Malancourt ainsi que du bois Carré (rive gauche)
Rive droite

A 5 h, l'ennemi sort du fort de Douaumont et attaque le 6e bataillon du 279e R.I. mais il doit se replier devant la force du tir français. Il laisse de nombreux morts sur le terrain.

Rive gauche
Les positions sur Malancourt et Béthincourt sont violemment bombardées durant 7 h d'affilée ce qui présage une attaque.
Elle se déclenche vers 17 h sur le village de Malancourt. Le 69e R.I. qui vient d'arriver résiste toute la nuit mais doit abandonner le village (beaucoup de ses hommes sont fait prisonniers).
Non loin du village, le bois Carré est également abandonné (par ordre supérieur) car il devient dès lors une position trop dangereuse à tenir.

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31 mars - Perte du village de Vaux (rive droite)
Rive droite

Dans la région de Vaux et Douaumont, le bombardement allemand est assez violent toute la nuit et la matinée.

De 15 h 30 à 17 h, l'ennemi attaque à 5 reprises au nord-ouest de l'étang de Vaux tenu par le 10e B.C.P. La 3e compagnie résiste énergiquement mais doit céder sa 1ère ligne. Elle est ensuite reprise par une contre-attaque de la 2e compagnie jusque-là en réserve.

En même temps, 3 bataillons allemands s'élancent sur le village de Vaux sur une largueur de 800 m, 3 compagnies françaises sont encerclées. Elles luttent jusqu'au bout de leurs forces mais sont anéanties. La partie encore française du village de Vaux tombe ainsi aux mains de l'ennemi ainsi que les tranchées qui le bordent.
Le village de Vaux est dès lors définitivement perdu.

Rive gauche
L'effort commencé la veille par les Allemands s'accentue.
A la fin de l'après-midi, après une violente préparation d'artillerie, l'ennemi s'empare de la tranchée du Chapeau-Chinois, au Mort-Hommme. Le 154e R.I. contre-attaque aussitôt et reprend la tranchée.

 

 

En de nombreux endroits, la situation des hommes est tragique. Chassés et isolés par l'avance ennemie, ils s'accrochent au terrain au hasard, bloqués entre la ligne ennemie et le tir de barrage allemand.
Ils se protégent en creusant des tranchées de fortune en reliant entre eux les trous d'obus. Ne pouvant abandonner leur poste, ils restent cachés toute la journée sous leur toile de tente, sans pouvoir se lever car ils seraient repérés.
Ce n'est que la nuit qu'ils peuvent se dégourdir les jambes et manger si toutefois la corvée de soupe est parvenue à traverser le barrage.

Extrait du livre " Verdun " de Georges BLOND : " Les journalistes, les auteurs de manuels d'infanterie, les officiers descripteurs de la guerre appelaient cela ; un trou d'obus aménagé. Le mot aménagé ne convenait guère à ce qui avait été un creusement hâtif et même haletant dans la nuit à la lueur des fusées et des fusants ; les occupants n'étaient même pas sûrs qu'il se fût agi, à l'origine, d'un trou d'obus ; peu importait aussi de savoir comment s'étaient retrouvés là ensemble six hommes et un capitaine. A certains moments, la violence du déchaînement avait été telle qu'on ne pouvait même pas crier ; l'air empesté par les gaz des explosions suffoquait, déchirait la poitrine ; la terre tremblait sous les pieds. Maintenant, c'était une espèce d'accalmie étrange. On sentait toujours la terre secouée, mais pour ainsi dire régulièrement. Le tir de barrage allemand tombait sur l'arrière du trou, à peut-être deux cent mètres ; le tir de barrage français tombait sur l'avant, à trois cent mètres environ au-delà de ses lignes et les hommes, Français et Allemand, terrés, dans les trous devant les lignes, se trouvaient encagés, face à face…

… le capitaine s'appuyait sur la paroi oblique du trou, guettant par l'un des créneaux rudimentaires… des sillons de larmes marquaient son visage noirci. Le capitaine avait pleuré peu auparavant, non de désespoir, mais en vomissant. Il avait vomi, une fois de plus, à cause de l'odeur. Depuis quatre jours ces hommes n'avaient mangé que du singe et ils n'avaient eu ni vin ni eau potable depuis quarante-huit heures. Tous souffraient de dysenterie.
Même au fort de la bataille les hommes-soupes partaient des roulantes et marchaient jusqu(aux premières lignes, chargés comme des ânes. Ils marchaient, rampaient ou se traînaient souvent jusqu'aux trous avancées. Leurs cadavres d'hommes secourables parsemaient le champs de bataille, parmi tant d'autres, mais cadavres intéressants, à cause des bouteillons et bidons qui gisaient à côtés d'eux. Des tireurs ennemis expérimentés visaient spécialement les hommes-soupes. Leur silhouettes alourdie les faisait reconnaître de loin.


Ravitaillement des hommes-soupes

Les fantassins dans le trou, encagés entre les barrages des deux artilleries, souffraient de la dysenterie et aussi de la soif. Le froid moins cruel qu'une semaine plus tôt était tout de même assez vif. Il n'empêchait pas la soif. Sur toute l'étendue du champ de bataille de Verdun, depuis que la neige avait fondu, la soif était l'ennemie numéro un ; impartiale, brûlant la gorge des Français et des Allemands indistinctement…
On peut, en souffrant, rester plusieurs jours sans boire. Ces hommes auraient mieux résisté à la soif s'ils n'avaient pas été déshydratés par la dysenterie. Leur langue leur faisait l'effet d'un épais morceau de buvard dans leur bouche. Eh quand le capitaine vomit de nouveau, vers le milieu de la journée, ses yeux restèrent secs. Il n'avait rien mangé et vomissait seulement de la bile…
- Mon capitaine, les Boches tirent ! Ils grenadent ! Là, à droite, il y en a qui sont sortis de leur trous !
- Mon capitaine, le tir de leur artillerie s'est allongé. Ils vont attaquer !
- Eh bien, quoi, ce n'est pas la première fois !
… Sur l'espace entre les trous, les balles tissaient ce filet d'abeilles cent fois accélérées. Dans le trou français, un homme jeta son fusil :
- Merde, je n'ai plus rien !
Il jetait son fusil, il savait que les autres n'avaient même pas le temps de lui passer des munitions. La seule question était de savoir de quel côté les minutions seraient le plus vite épuisées… Les Allemands d'en face tiraient encore ; puis ils cessèrent, Plus de munitions ?
- Mon capitaine, ça y est, ils sortent ! ils ont leurs flingues et leurs grenades. Rien à faire, on est faits ! Il y a plus qu'à lever les bras. Ils s'amènent ! Mon capitaine, qu'est-ce que vous faites ? Laisser votre revolver, nom de Dieu, ça servira à quoi ? A nous faire bousiller pour rien ! Non, mon capitaine, non !… Ah, salaud ! "

 

Pour le moral des troupes, la qualité constante du ravitaillement, en dépit des conditions difficiles, a joué un grand rôle.
Trois fois par jour, dés l'aube, les " hommes-soupes " apportaient du pain, dix boules à la fois au moins, sur un bâton porté par deux hommes. Ils étaient également chargés de bidons de deux litres contenant du café, du vin et de la gnole bien entendu. Les distributions se faisaient dans la tranchée même.
Vers 11 heures, la soupe était apportée dans des bouthéons par une autre équipe, souvent accompagnée du fourrier qui lui, apportait les colis et le courrier. C'était le meilleur moment de la journée.
Enfin, le soir, on resservait la soupe. Bien entendu, en cas d'attaque, tout cela était perturbé.
A Verdun, le ravitaillement des premières lignes fut excessivement difficile à accomplir, par la dureté des combats, la violence des bombardements et le chao des positions. Les "hommes-soupes" firent preuves d'un immense courage pour ravitailler et ainsi réconforter leurs camarades.
Saluons bien bas ces hommes qui ont permis aux soldats de tenir le coup jusqu'à la victoire.



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